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Full text of "Des corps etrangers du rectum : leurs migrations dans l'intestin et leur histoire"

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DES 



IGORPS ÉTRANGERS DU RECTUM 



LEURS MIGRATIONS DANS L'INTESTIN 



BT 



E TLJ I-EtlSTOinE 



La Maladie nous est un objet de pitié 
et non pas de scandale. 



Camille GERAIiD, 

Docteur en médecine de la Faculté de Paris, 
Licencié ès sciences physiques. 
Ancien préparateur du cours de chimie minérale au Collège de France, 
Ancien répétiteur à l'École pratique des Hautes-Études. 



PARIS 

V. ADRIEN DELAHAYE et G'% LIBRAIRES-EDITEURS 
Place de l'Ecole-de- Médecine. 



1878 



DES 

mm ÉTRANGERS DU RECTLl 



LEURS llIlGRATlOPiS DANS L'INTESTIN 



ET 



M. Studsguaard, de Copenhague, communiquait à la 
Société de Chirurgie de Paris, le 25 septembre dernier, 
une observation remarquable de corps étranger du rec- 
tum, extrait par laparo-entérotomie , avec un plein 

succès. 

A quelque temps de là, M. le professeur Verneuil ayant 
bien voulu nous proposer comme sujet de thèse inaugu- 
rale la question des corps étrangers du rectum, nous con- 
seilla de l'étudier surtout dans les observations publiées 
jusqu'à ce jour, en recherchant les causes de la migration 
des corps solides dans l'intestin. 

Ce travail n'a trait ni aux corps étrangers venus de 
l'estomac, ni à ceux formés dans l'appareil digestif, 



comme les concrétions intestinales, les calculs biliaires, 
mais seulement aux corps étrangers introduits par les 
voies inférieures dans un but thérapeutique ou autre. 

Parmi les nombreuses observations que nous avons 
trouvées dans les divers recueils, vingt-cinq plus com- 
plètes ont été résumées dans un tableau synoptique D qu^ 
précède les observations (page 59). Dans ce tableau, on 
verra les faits se disposer d'eux-mêmes au point de vue 
des altérations d'organes, des signes, du pronostic et du 
traitement, dans deux catégories : corps étrangers restés 
dans le rectum, corps étrangers remontés dans l'S ilia- 
que et au delà. Les quatre points de dissem.blance ci-, 
dessus énoncés nous fourniront quatre chapitres, et cha- 
cun d'eux comprendra deux paragraphes. Nous donnerons 
ensuite vingt-cinq observations soit résumées soit dans 
le texte original, suivant leur importance, puis nous ter- 
minerons par la liste des faits parvenus à notre connais- 
sance et un index bibliographique. 

Quant aux causes du stationnement des corps solides 
dans le rectum ou de leur ascension dans l'S iliaque, 
l'étude des observations les lait entrevoir nombreuses et 
d'importance évidemment différente; mais si, tenant 
compte de cette subordination des causes possibles, on 
retranche successivement de la liste des faits, les séries de 
faits où chacune des causes devient manifeste et suffisante, 
on constate rapidement l'importance relative des causes et 
la légitimité de cette recherche par voie d'élimination. 

C'est ce travail d'analyse que nous présentons tout d'a- 
bord à la bienveillance de nos juges. 



CHAPITRE I 



DES CAUSES DE LA MIGRATION DES CORPS ÉTRANGERS 
DANS LE GROS INTESTIN 



11 n'y aura pas de migratiorî, si le corps étranger pré- 
sentant des extrémités plus ou moins effilées se fixe dans 
la paroi intestinale, ou la déprime en angles aigus, d'où 
il ne peut plus se dégager, ou encore s'il est immobilisé 
par une invagination de la muqueuse. Tels sont les cas de 
Scarpa (obs. 3), de Desault (obs. 6), de Raffy (obs. 15) et 
de Huguier (obs. 22). Actuellement, nous n'avons pas à 
tenir compte de ces observations. 

Soit donc un corps mobilisable dans le rectum, la pre- 
mière condition, pour qu'il puisse remonter dans PS ilia- 
que, c'est qu'il ait une circonférence tout au plus égale à 
celle du gros intestin, au niveau de l'angle sacro-vertébral, 
soit 16 à i8 centimètres (1). 

(1) D'après Simon (Arch. fur Klinische Chirurgie, t. XV, 1873), « l'anus 
forme clans sa plus grande dilatation, qui en circonférence est de 25 centi- 
mètres au plus, une extrémité étroite à la partie la plus large du rectum. .. 
La plus grande largeur de la cavité rectale est à environ 6 ou 7 centimètres 
de l'anus, et sa dilatation peut être portée en ce point à 25 ou 30 centimètres; 
à partir de ce point jusqu'à l'extrémité supérieure du tiers moyen, elle di- 
minue graduellement jusqu'à 20 ou 25 centimètres, et de là elle diminue 
rapidement jusqu'au milieu du tiers supérieur oti elle n'a plus que 16 ou 18 
eeutimètres de circonférence. La partie la plus étroite est à la courbure 
sigmoïde. La base du pouce (d'une main introduite dans le rectum) est en 
ce point à 12 ou 14 centimètres de l'anus, et la moitié de la main peut 
s'avancer à travers la partie supérieure du rectum dans le commencent de l'S 
iliaque. >> 



Prenons dans le tableau D Jes cas où l'objet avait plus 
de 18 centimètres de circonférence et cherchons quelle si- 
tuation il a prise dans l'intestin, nous formons ainsi le 
tableau A. 



TABLEAU A. 







Circonférence. 


Situation . 


Obs, 


1 


22 centim. 


dans rS iliaque. 




4 


19 — 


dans le rectum. 




5 


22 — 


Rectum, 




7 


22 environ 


Rectum. 




18 


22 centim. 


Rectum. 




19 


22 — 


Rectum. 




20 


22 — 


Rectum. 




21 


22 — 


Rectum. 



Sur 8 cas, une seule fois nous voyons (obs. 1) un objet 
de plus de 18 centimètres de circonférence, s'engager dans 
les portions supérieures du gros intestin ; nous trouverons 
plus tard la raison de ce fait exceptionnel, constatons seu- 
lement que 7 fois sur 8 les corps étrangers de l'intestin ne 
portent pas la dilatation de l'S iliaque au-delà des limites 
indiquées par Simon. 

Comme nous avions cru remarquer que la longueur de 
l'objet influait sur sa progression dans l'intestin, nous 
avons rapproché, en notant cette longueur, les cas dans 
lesquels la circonférence de l'objet ne mettait pas d'obsfa- 
cle au déplacement. Nous devions aussi tenir compte des 
affirmations du malade de Closmadeuc (obs. II) et des ré- 
flexions de ce chirurgien relativement à l'influence de la 
forme conique des corps étrangers. Sur ces deux données, 
longueur et forme de l'objet, nous avons dressé le ta- 
bleau B. 



TABLEAU B. 



Longueur de l'objet 



Forma. 



Situation. 



Obs. 1 
2 



22 centim. 
16 — 



conique 

pointe en haut. Côlon transverse. 



Côlon transverse. 



— 8 

— 12 

— 14 



22 
20 
22 



Rectum. 
Rectum et S iliaque. 



conique 

pointe en haut. Côlon transverse. 



17 



28 



conique Rectum, 
pointe en bas. (expulsion facile) 



— 24 

— 25 



23 
17 



S iliaque. 



conique S iliaque, 

pointe en haut. 



L'inspection de ce tableau montre l'influence de la 
forme conique de l'objet, bien plus considérable que celle 
de la longueur. 

Dans l'observation XVII, l'objet avait une forme co- 
nique, et sa petite extrémité tournée en bas; il ne s'est pas 
engagé complètement dans l'S iliaque, et on l'a extrait 
facilement par l'anus. Ce cas toutefois n'est pas très-signi- 
ficatif, car l'objet avait 28 centimètres de longueur, et 
nous n'avons pas d'exemple d'objet aussi long ayant fran- 
chi l'angle sacro-vertébral. 

Dans les observations II, XIV, XXV, les corps étran- 
gers avaient une forme conique avec leur petite extrémité 
tournée en haut; ils ont franchi l'angle sacro- vertébral et 
se sont engagés complètement dans l'S iliaque ou le côlon 
transverse. 

Cette constance de l'ascension d'un corps conique intro- 
duit par la petite extrémité est une confirmation impor- 
tante des assertions du malade de Closemadeuc et des 
Gérard. 2 



- 10 - 

réflexions de ce chirurgien, elle donne même quelque 
valeur à l'observation XVII. 

On peut dire actuellement que, selon toute vraisem- 
blance, un objet conique introduit dans le rectum par sa 
petite extrémité, remontera dans VS iliaque, tandis qu'il 
restera dans le rectum, d'où, il sera expulsé facilement, s'il 
a été introduit par son extrémité la plus large. 

Si la longueur de l'objet a quelque influence sur la pro- 
gression des corps étrangers dans l'intestin, cette influence 
n'est guère mise en évidence par les faits connus, car si 
nous retirons du tableau B les cas où la progression a été 
due à la forme, il nous leste les cas 1, 8, 12, 17, 24, dans 
lesquels des objets de longueur à peu près égale sont tan- 
tôt passés dans l'S iliaque, tantôt restés dans le rectum. 

Ainsi , la longueur des corps étrangers ne paraît pas 
avoir d'influence sur leur marche dans V intestin. 

Dans les observations VIII, XII, XVII, les corps étran- 
gers étaient partiellement engagés dans l'S iliaque, sim- 
plement pour cette raison que, introduits dans le rectum, 
ils dépassaient, par leur longueur, 22, 20, 28 centimètres 
la limite supérieure de cet intestin ; mais pourquoi les 
objets signalés dans ces observations ne se sont-ils pas, 
comme ceux des observations I et XXIV, engagés com- 
plètement dans rS iliaque? Pour le savoir, formons, avec 
les cinq cas ci-dessus indiqués, un tableau qui réunisse 
les données relatives à la longueur des corps étrangers, à 
leur circonférence, à la durée de leur séjour dans l'intes- 
tin, à la nature des accidents antérieurs à l'intervention 
chirurgicale, 



TABLEAU C. 



Longueur. Circouférenco. Durée du Accidents anté- Situation. 

séjour. rieurs à l'in- 

tervention cliirur- 
gicale. 

Obs. 1 22 centim. 23 centim. 1 mois? contractions S iliaque. 

intestinales 
énormes. 

— 8 22 centim. 13 centim. 5 jours pas de douleurs. Rectum. 

— 12 20 environ 8? qq. heures? on craint Rectum. 

l'inflammation. 

— 17 20 centim. 8? qq. heures ? pas d'accidents. Rectum. 

— 24 23 — 10 9 jours. douleurs S iliaque. 

très- vives. 



nous voyons que la circonférence de l'objet, si elle lui in- 
terdit le passage dans VS iliaque, alors qu'elle est supé- 
rieure à 18 centimètres, ne favorise nullement ce passage 
lorsquelle est inférieure à cette limite. 

Dans le tableau C, le séjour prolongé de l'objet dans 
l'intestin coïncide avec le passage de cet objet dans 
les portions supérieures de l'intestin, il coïncide aussi 
avec les douleurs très-vives et les contractions intesti- 
nales énormes qui appartiennent à l'obstruction intesti- 
nale. Nul doute, dans le cas d'Alibran (obs. I), la présence 
longtemps continuée du corps étranger dans l'intestin a 
été la cause de ces contractions intestinales extraordi- 
naires qui étreigaaient la main de l'observateur « de la 
même manière et avec autant de force que la matrice pen- 
dant le part. » Que ces contractions aient pu surdistendre 
le calibre de l'intestin de 4 centimètres, nous le croyons 
volontiers, quand nous entendons le chirurgien attribuer 
une rupture intestinale à la présence de sa main qu'ona 



— 12 — 

vue « injectée, tremblante, paralysée . par leur action 
puissante. 

Ce sont ces contractions insolites qui ont porté dans le 
côlon transverse du malade de Closmadeuc (obs. II) un 
objet pesant 650 gr.; elles sont de même ordre sans doute 
que ces contractions violentes qu'on observe chez l'animal 
au moment de l'agonie et qui produisent des mouvements 
de déplacement relatif des anses intestinales les unes sur 
les autres. 

Ce dernier fait, dû uniquement à l'action des fibres mus- 
culaires longitudinales de l'intestin, et la prédominance 
dans le gros intestin des fibres musculaires longitudinales 
sur les fibres circulaires nous font nous demander si les 
mouvements de transport dans l'intestin ne sont pas dus, 
contrairement à ce que l'on croit, plutôt aux fibres longi- 
tudinales qu'aux fibres circulaires. 

S'il en était ainsi, on comprendrait que les fibres longi- 
tudinales prenant sur un corps étranger conique, des 
points d'adhérence plus nombreux à la petite extrémité 
qu'à la grosse, à cause de Ja différence des surfaces de ces 
extrémités, l'objet conique fût attiré du côté de sa pointe î 
tandis qu'on ne s'explique pas comment la propulsion 
exercée par les fibres circulaires pourrait chasser un objet 
conique toujours du côté de sa pointe. Mais nous avons 
fait un travail historique, quittons ces hypothèses jus- 
qu'à ce que la physiologie nous ait appris si les contrac- 
tions des fibres longitudinales et celles des fibres circu- 
laires commencent et finissent en même temps, et les- 
quelles de ces fibres , dans les différentes portions de 
l'intestin sont les plus puissantes. Disons seulement que 
le séjour prolongé d'un corps étranger dans le rectum peut 
déterminer des contractions intestinales d'une puissance ex- 
traordinaire, capables de faire passer le corps étranger 



dans VS iliaque, même avec surdistension du calibre de cet 
intestin. 



CHAPITRE II. 

DES ALTÉRATIONS D^ORGANES PRODUITES PAR LES CORPS 
ÉTRANGERS DU GROS INTESTIN. 

1'' Corps étrangers restés dans le rectum. 

La paroi rectale irritée par le contact étranger passe, si 
l'expérience dure assez longtemps, par tous les degrés de 
l'inflammation, depuis la simple rougeur érythémateuse, 
l'injection vasculaire de la muqueuse, jusqu'à l'épaissis- 
sement et l'ulcération de ses différentes tuniques. 

L'observation VI de Desault nous montre une des pre- 
mières phases de la l'ectite ; le gonflement delà muqueuse 
qui s'était invaginée sous forme de tumeur dure dans la 
cavité du corps étranger. Elle déteruiina des douleurs 
vives et une hémorrhagie abondante. Un degré de plus, et 
nous passons au phlegmon périrectal aigu qui enleva le 
malade de Velpeau (obs. VII). 

Au début, la rectite ne s'accompagne pas d'ordinaire de 
sécrétions anormales, mais bien d'une constipation due à 
l'inflammation commençante, due à la douleur et à la c:)n- 
traction qu'elle produit, due aussi à l'obstacle mécanique 
apporté au cours des matières. Plus tard, les fibres mus- 
culaires se sont fatiguées, la muqueuse s'est épaissie, 



ulcérée, elle sécrète des matières glaireuses et sanguino- 
lentes qui, mêlées de matières fécales, pourraient faire 
considérer le patient comme atteint de diarrhée, te.ndis 
qu'avec la rectite, il a une obstruction intestinale, un 
arrêt des matières déterminé par la présence du corps 
étranger. 

L'observation V, si complète, de M. Laroyenne, nous 
signale cette diarrhée persistante et involontaire (1), pro- 
voquée par la présence d'un corps étranger; elle nous fait 
constater ensuite le passage de la rectite à l'état chronique. 
Le corps étranger était resté 54 jours dans le rectum, à 
l'autopsie, dit l'observation, on trouva la muqueuse rec- 
tale épaissie (2), ulcérée par places, le tissu cellulaire 
périrectal induré, faisant corps avec l'intestin, contenant 
çà et là quelques foyers de suppuration. 

C'est là en quelques mots toute l'histoire de la rectite 
chronique et du phlegmon périrectal chronique mortels. 
Le malade a succombé à l'épuisement produit par la 
diarrhée continue, il n'a eu aucun signe de péritonite, 
l'autopsie montra le péritoine sain, à l'exception d'une 
légère teinte opaline que présenta le péritoine du petit 
bassin. 

Ainsi, lorsque la mort est survenue, la rectite chronique 
compliquée de phlegmon péri-rectal, allait se compliquer 
en outre de péritonite par simple propagation. 

C'est d'ordinaire par ulcération ou gangrène que se fait 

(1) On la retrouve aussi dans l'observation de M, Gillette (Obs. VIII). 

(2) Bergeon (cité par Dde as, art. Rectum du Dict. encyclop.) à l'autopsie 
d'un idiot adonné aux pratiques contre nature, trouva l'anus et la partie in- 
férieure Je l'intestin très-dilatés, infundibuliformes. La muqueuse du rec- 
tum était noirâtre, boursoutlée, ulcérée en plusieurs endroits. La tunique 
musculaire et le tissu cellulaire de l'intestin considérablement liyperirophiés 
avaient une épaisseur de 4 à 5 lignes. 



— 15 -- 

le pasfîoge à cette terrible complication. L'observation de 
MM. Lane et Owen (obs.VIII), nous montre une péritonite 
avec perforation de la partie supérieure du rectum, pro- 
duite par le contact de corps étrangers, en outre, dit l'ob- 
servation, toute la muqueuse du rectum était d'une 
couleur sombre, presque en état de gangrène. 

Les organes génito-urinaires fournissent, comme on le 
verra bientôt, des signes quelquefois révélateurs de la 
présence de corps solides dans l'intestin, mais dans les 
cas mortels que nous aurons à citer, ils n'ont pas présenté 
d'altération à l'autopsie. 

2° Corps étrangers remontés dans l'S iliaque et au-delà. 

L'inflammation du péritoine est la seule, mais redoutable 
et trop fréquente lésion produite par l'engagement des 
corps étrangers .dans l'S iliaque et dans le côlon trans- 
verse. 

Des cinq cas, tous mortels, que j'ai réunis, quatre sont 
relatifs à des péritonites avec perforation. Dans trois de 
ceux-ci, ceux d'Alibran (1), Lane et Owen (9), Tillaux 
(obs.X), la mort survint deux ou trois jours après le 
début de la péritonite. 

Dans celui de Montonari (obs. XI), il est dit que la mort 
survint cinq jours après l'introduction du corps étranger, 
mais il est dit en même temps qu'à l'autopsie, la rupture 
intestinale fut trouvée complètement cicatrisée; c'est là 
un fait remarquable, il permet de croire que la péritonite 
s'est produite peut-être indépendamment de cette rupture, 
il permet aussi de se demander si en l'absence du corps 
étranger et de tout épanchement de matières dans le péri- 
toine, la guérison de la rupture intestinale n'eût pas été 



— 16 - 

possible. Quoi qu'on doive en penser, le fait de Lane et 
Owen montre au moins que dans le cas de perforation, 
c'est le passage des matières dans la cavité péritonéale, 
bien plus que le fait de la perforation, qui détermine ia 
mort rapide. 

Dans le cas de Closmadeuc, il n'y a pas eu de perfora- 
tion, c'est la simple présence du corps étranger dans le 
côlon transverse qui a déterminé une péritonite mortelle 
en sept jours. 

Ainsi, mort en deux ou trois jours par perforation, mort 
presque subite par irruption des matières dans le péritoine, 
mort en sept ou huit jours dans le cas de péritonite par 
propagation, tels sont les accidents produits par les corps 
étrangers dans les portions supérieures du gros in- 
testin. 



CHAPITRE III. 



DES SIGNES RÉVÉLATEURS DE LA PRÉSENCE DES CORPS 
ÉTRANGERS DANS l'iNTESTIN. 



1" Corps étrangers restés dans le rectum. 

Un malade se plaint d'incontinence d'urine (Gillette 
obs. YIII), de difficultés pour uriner, et cependant le ca- 
thétérisme a démontré l'intégrité de l'urèthre et de la vessie 
(Laroyenne, obs. V). Il se plaint d'une constipation exces- 
sive (Nollet, obs. XII), et se livre à des efforts d'expulsion 



— 17 — 

inutiles (Dor., obs. XIII), il accuse une douleur brûlante 
à l'anus, la sensation d'un poids, d'un bouchon dans le 
rectum. Plus tard, il est atteint de diarrhée glaireuse, 
sanguinolente, involontaire avec douleur au périnée, s'ir- 
radiant dans les cuisses et dans les lombes (Desormeaux, 
obs. IV). Peut-être a-t-il une hémorrhagie anale abon- 
dante (Rafïy, obs. XV). 

On reconnaît là une inflammation aiguë ou chronique 
du rectum. 

La recherche des commémoratifs, l'examen par la vue 
et le toucher rectal vont permettre de remonter à la cause 
de cette affection. 

On s'informera si le malade plus ou moins amaigri n'a 
pas été atteint depuis quelque temps de coliques violentes 
et de diarrhée, car la rectite accompagne assez souvent 
l'entérocolite, surtout chez les enfants. 

Des lavements purgatifs, des suppositoires irritants 
auraient pu donner lieu aussi à un ensemble symptomati- 
que, comparable à celui qui vient d'être indiqué ; il en est 
de même des purgatifs drastiques, tels que la coloquinte, 
la gomme gutte, surtout l'aloès en raison de son action 
élective sur le rectum, voire même la rhubarbe, si l'usage 
en a été longtemps prolongé. 

Par l'inspection de la région anale, on pourra trouver 
des hémorrhoïdes enflammées, accompagnées d'eczéma, 
d'érythème ou même des hémorrhoïdes suppurées produi- 
sant alors ce qu''on a appelé la leucorrhée anale; l'anus 
devient aussi quelquefois le siège d'un écoulement blen- 
norrhagique. Dans cette région on rencontrera encore des 
chancres non infectants multiples, ou de nombreuses ma- 
nifestations de la syphilis : chancres, rhagades, plaques 
muqueuses et condylomes. 

Des oxyures vermiculaires, logés dans les replis du 



— 18 — 

Sphincter, sont surtout fréquents chez les enfants; ils 
peuvent aussi déterminer de la douleur, du ténesme, d'où 
écoulement muqueux et même une diarrhée sanguino- 
lente. 

Lamuqueuse rectale peut apparaître en étatdeprolapsus 
et atteinte d'inflammation par l'effet du contact de l'air ou 
des vêtements. 

Enfin, dans certains cas, la région anale se montrera 
déprimée infundibuliforme. On notera ce détail et on pra- 
tiquera le toucher rectal. 

La possibilité de la blennorrhagie rectale, bien que cette 
affection soit très-rare, ne devra pas être oubliée, le chi- 
rurgien se défiera du jet de pus qui pourrait se produire 
au moment de l'introduction du doigt dans le rectum. 

Une fois engagé dans l'intestin, le doigt du chirurgien 
pourra constater l'existence de paquets hémorrhoïdau x 
de rétrécissements syphilitiques ordinairement placés à 
4 ou 5 centimètres de l'anus, de brides plus éloignées 
signalées par M. Tillaux, comme servant de points de 
départ à des fistules, à des suppurations du rectum. Ces 
brides et ces rétrécissements annulaires ont souvent pour 
effet, ainsi que M. Chaume (1) en a publié un remarquable 
exemple, d'arrêter au-dessus d'eux des corps étrangers 
venus de l'estomac; ceux-ci fermant complètement la voie 
aux matières fécales produisent l'obstruction intestinale. 
Les exemples sont nombreux aussi de corps même volu- 
mineux venus de l'estomac, et fixés dans la paroi rectale 
par leurs extrémités aiguës, tels sont ceux de M.Marcé(2), 
du Grûnblatt, etc. (3). 

(1) Bull, de la Soc. anat., 1870. 

(2) Porte-crayon avalé, arrêté dans le rectum. Bull. Soc. anat., 1861. 

(3) Côte de chevreau avalée, arrêtée dans le rectum. Wiener med. Presse, 
1875. 



D'autres fois le doigt tombera sur des corps solides que 
leur consistance, que l'existence antérieure d'une constipa- 
tion opiniâtre démontreront être des concrétions de ma- 
tières fécales, 

Enfin, la sensation d'un corps dur de grandes dimen- 
sions, à arêtes vives, laissera peu de doutes sur l'intro- 
duction d'un corps étranger par l'anus, et le chirurgien, 
parvenu à ce point de son examen, obtiendra facilement 
du patient ou de l'entourage des détails suffisants pour 
établir l'origine de l'accident. 

Mais les recherchesne sont pas finies. Si le corps étranger 
est senti facilement avec le doigt, il faut s'efforcer d'ac- 
quérir sur ses dimensions, la nature rugueuse ou polie 
de sa surface, des notions qui rectifieront souvent les 
renseignem.ents, intentionnellement faux, donnés par le 
malade. 

Parmi les- 34 observations intéressantes, dont j'ai cru 
devoir tenir compte. 17 sont relatives à des corps étrangers 
restés dans le rectum, les signes qui y sont mentionnés 
appartiennent uniquement à la rectite. Quant aux compli- 
cations tardives de phlegmon périrectal et de péritonite, 
elles sont survenues dans ces cas, alors que le diagnostic 
était fait depuis longtemps, ce sont des accidents dont 
nous avons parlé à propos des lésions produites par les 
corps étrangers. Même remarque à faire à propor, des cas 
de TiUaux (10) et de Montanari (11), dans lesquels la mort 
est arrivée par gangrène, par perforation intestinale et 
par péritonite, lors de l'introduction du corps vulnérant. 
Ces derniers cas appartiennent à la catégorie des corps 
étrangers, logés partie par le rectum, partie dans l'S ilia- 
que, et il est remarquable que si dans cette situation les 
corps étrangers ont donné quelquefois des signes d'occlu- 
sion intestinale, ils n'ont point produit de signes de péri- 



— 20 — 

tonite comme en produisent les corps libres dans les 
portions supérieures du gros intestin. Nous reviendrons 
bientôt sur cette différence. 

Un corps étranger peut se trouver très-haut dans le 
rectum, hors de la portée du doigt et n'être senti que par 
le palper abdominal, aussi ce moyen d'exploration devra- 
t-ii toujours accompagner le toucher retal. On a soupçonné 
ainsi dans l'intestin la présence d'un corps étranger, et 
avec des sondes ou des pinces introduites dans le rectum 
on en a senti l'extrémité inférieure"; c'est le cas, si l'état 
de dilatabilité de l'anus le permet, d'introduire la main 
dans le rectum, à la manière de Simon d'Heidelberg, pour 
aller explorer et reconnaître l'objet avec l'extrémité des 
doigts et peut-être pour l'extraire; mais on ne tentera pas 
l'extraction s'il fallait, pour cela, porter la main jusqu'à 
l'angle sacro-vertébral. 



2° Corps étrangers dans l'S iliaque. 

Dans les cinq observations que j'ai réunies de corps 
étrangers remontés dans les portions du gros intestin, 
supérieures au rectum, on trouve mentionnés quatre fois 
les signes d'étranglement interne plus ou moins compliqué 
de péritonite : douleurs abdominales très-vives, vomisse- 
ments bilieux et fécaloïdes, ballonnement du ventre, con- 
stipation, puis fièvre. Dans cet état grave, le patient fait 
des aveux, mais le chirurgien continue son examen de la 
manière suivante : 

Après avoir constaté qu'il n'y a pas de hernie ou du 
moins pas d'étranglement, que le testicule n'est ni en- 
flammé, ni étranglé à l'anneau, qu'il n'existe pas d'adénite 



crurale étranglée dans un orifice fibreux, on recherchera 
s'il n'y a qu'occlusion intestinale, ou bien si la péritonite 
a déjà commencé son évolution. La température du corps 
sera ici le grand moyen de diagnostic, car dans la périto- 
nite, la température est toujours au-dessus de la normale, 
tandis que dans l'occlusion intestinale la température reste 
au-dessous de la normale. Quant au frisson marquant le 
début de la péritonite (l), au ballonnement du ventre moins 
considérable dans la péritonite que dans l'occlusion, à la 
matité sous-ombilicale plus marquée dans la péritonite, 
à la douleur plus rapidement généralisée dans cette der- 
nière maladie, a la constipation et à l'absence absolue 
d'émission de gaz par l'anus, constante dans l'occlusion 
intestinale, quant à la nature des vomissements qui sont 
bilieux et fécaloïdes dans l'occlusion, verdâtres, porracés 
dans la péritonite. Ce sont là de l'avis de M. Duplay (2) 
des nuances bien difficiles à distinguer dans le passage de 
la première affection à la seconde. 

Cette distinction à un moment donné entre l'occlusion 
et la péritonite, dont la température sera le principal élé- 
ment, est cependant d'une importance capitale, car la pé- 
ritonite déclarée interdit toute intervention chirurgicale, 
et l'absence de péritonite exige l'intervention la plus hâtive 
possible. 

Nous venons de voir que les corps étrangers des parties 
supérieures du gros intestin donnent des signes d'occlu- 
sion intestinale, passant rapidement à la péritonite. Au 
contraire, les corps étrangers situés partie dans 1*5 iliaque, 
partie dans le rectum ne produisent que la rectite, quel- 

(1) Henrot. Des pseudo-étranglements que l'on peut rapporter à la para- 
lysie de l'intestin. Th. Paris, 1865. 

(2) Quelques faits de péritonite simulant un étranglement interue. Arcb. 
gén. de méd., 1876, p. 513. 



_ 22 



quefois l'occlusion intestinale, mais jamais la péritonite 
rapide. Quelle peut être la raison de cette différence? Dans 
les deux situations, le corps étranger est en contact avec 
la muqueuse de 1*5 iliaque, mais dans le cas oïl il est com- 
plètement indépendant du rectum, il peut exécuter dans 
l'intestin, sous l'influence des contractions énormes signa- 
lées par Alibran, des mouvements plus nombreux, plus 
étendus que s'il était retenu partiellement dans le rectum. 
Ce serait là, selon nous, une des causes de la gravité si 
différente dans les deux situations, mais la raison déter- 
minante, c'est la tolérance plus grande que donne au 
rectum et à VS iliaque leur fonction de réservoir. 



CHAPITRE IV 

PRONOSTIC 



C'est au point de vue du pronostic surtout que la situa- 
tion du corps étranger dans l'intestin acquiert une valeur 
indiscutable. 

Les 34 observations dont on trouverâ la liste à la page 
42 ont fourni 8 cas de mort, soit 23.5 0/0 représentant le 
rapport de la mortalité générale au nombre total des cas. 

Quant à leur situation dans l'intestin, les corps étran- 
gers dont il est question se répartissent ainsi qu'il suit 
dans les trois catégories déjà considérées. 



— 23 — 



Corps étrangers paiscs 
dans les portions su- 
périeures de l'intestin. 
Indépendantes du rec- 
tum. 



Corps étrangers engagés 
partiellement dans l'S 
iliaque, partiellement 
dans le rectum. 



Corps étrangers restés dans 
le rectum. 



Obs. Alibran. 


Obs. Scarpa. 


Obs, Mai'chettis. 


— Closmadeuc. 


— Désormeaux. 


- — Gérard . 


— Réali. 


— Gillette. 


— Bonhomme. 


— Studsgaard. 


— Tillaux. 


— Desault (pot) 


— Howison. 


— Montanari. 


— Cumano. 




— Dor (pilon). 


— Dor (fourchette). 




— Thomas. 


— Reymonet. 




— Velpeau (fiole). 


— Cloquet, 




— Huguier. 


— Velpeau (chopf^ 




— Nollet? 


— Parker. 




— Siredey. 


— Saucerotte. 




— Marc-Sée. 


— Bucquoy. 

— Morel-Lavallée. 
~ Rafiy. 

— Laroyenne. 

— Péan. 

— Lane et Owen. 



A chacune de ces catégories appartiennent les cas de 
mort suivants : 



Obs. Alibran. 
— Closmadeuc. 

Soit 40 p. 100. 



Obs. Tillaux. 

— Montanari. 

— Dor. 

Soit 25 p. 100. 



Obs. Velpeau. 

— Laroyenne . 

— Lane et Owen. 
Soit 17 p. 100. 



Nous ferons remarquer à propos des deux dernières ca- 
tégories que plusieurs fois, en l'absence d'indications ex- 
plicites sur la situation du corps étranger, nous avons 
supposé de nous-même à quelle limite arrivait l'extrémité 
supérieure de l'objet et cela d'après sa longueur indiquée 
ou supposée. 

Si l'on veut bien prendre comme nous la peine d'exa- 



— 24 — 

miner à ce point de vue les observations, ou se convaincre 
que les erreurs commises dans cette évaluation, ne peu- 
vent pas influencer, d'une manière notable, le rapport de 
la mortalité au nombre des cas. 

Ces 40 0/0 de morts attribués à la première catégorie 
sont déduits assurément d'un bien petit nombre d'obser- 
vations, mois on pourrait en dire autant des 40 0/0 de 
succès à mettre à l'actif de la gastrotomie si heureusement 
employée par MM. Reali et Studsguaard. Quoi qu'il en 
soit, ce chiffre, en lui-même, n'a pas une grande valeur. 

Il ne nous paraîtrait pas non plus légitime de comparer 
entre eux les rapports 25 0/0 et 17,6 0/0 pour représenter 
les cas d'engagement partiel des corps étrangers dans l'S 
iliaque comme plus graves que ceux dans lesquels l'objet 
est resté enfermé dans le rectum ; l'observation de Dor, 
suivie de mort par rectite et dans laquelle un pilon, avait 
sans doute pénétré dans l'S iliaque, aurait eu probable- 
ment la même terminaison, si le corps étranger était resté 
dans le rectum; l'issue funeste doit être certainement 
attribuée dans ce cas à la longueur des tentatives d'ex- 
traction. Ce cas de Dor appartient aussi bien à la troisième 
qu'à la deuxième catégorie. 

La moyenne des nombres 25 0/0 et 17,6 0/0 soit 21,3 doit 
représenter assez exactement la proportion des morts au 
nombre des cas de corps étrangers qui ne sont point passés 
complètement dans les portions du gros intestin supé- 
rieures au rectum. 

Que ce rapport 21,3 0/0 ou un peu plus de 1/5 se trouve 
porhasardn'êtrequelamoitié du rapport 2/5 qui représente 
la mortalité dans lescas de corps étrangers des portions su- 
périeures du gros intestin, cela ne peut être admis. Noire 
statistique qui, pour la première catégorie, porte sur sur 
des faits heureusement peu nombreux, doit être suppléée 



selon la recommandation de Trousseau, par l'analyse des 
faits; or, il est impossible de ne pas admettre que les 
deux cas de péritonite mortelle d'Alibran et de Closma- 
deuc rapprochés des deux cas heureux de Reali et 
et de Studsquaard qui allaient se terminer par péritonite 
sans l'intervention hardie des deux derniers chirurgiens, 
il est impossible de ne pas admettre que ces deux faits ne 
soient à eux seuls d'un enseignement plus grave que les 
six cas de mort appartenant aux deux autres catégories. 
Ces derniers sont dus en effet à des causes indépendantes 
de la réaction ordinaire de l'intestin en présence du corps 
étranger : péritonite par perforation directe, par compres- 
sion et gangrène, phlegmon périrectal consécutif aux ma- 
nœuvres opératoires. 

Ainsi dans le cas de corps étrangers dans le côlon trans- 
verse ou l'S iliaque, la mort est au moins deux fois plus 
à craindre que si le corps étranger est engagé partielle- 
ment ou complètement dans le rectum, et dans ces derniers 
cas elle survient une fois sur cinq environ. 

Quant à la question de savoir, étant donnés un certain 
nombre de cas de corps étrangers des portions supérieures 
du gros intestin, lesquels offrent le plus de chances de gué- 
rison, c'est la question de pronostic de l'obstruction intes- 
tinale plus ou moins compliquée de péritonite. On sait 
qu'il y a d'autant plus de chances de succès que l'inter- 
vention chirurgicale est plus hâtive, nous en reparlerons 
à propos du traitement, 

Mais lesquels sont les moins graves parmi les cas de 
corps étrangers restés dans le rectum, ou engagés seule- 
ment en partie dans l'S iliaque ? Hors les cas de déchirure 
de l'intestin par le corps étranger ou par les manœuvres 
cas dont la gravité est évidente, les avis sont partagés sur 
Gérard. 3 



— 26 — 

cette question, M. A. Desprès (1) pense qu'un rectum ^,ain 
présentera une tolérance bien plus grande qu'un intestin 
déjà prédisposé à la rectite par des introductions anté- 
rieures de corps étrangers; M* Gillette, au contraire con- 
sidère comme d'un pronostic favorable l'accoutumance du 
rectum; d'après lui, son malade au manche de pelle (obs. 8) 
n'a survécu que parce que son rectum était habitué à des 
contacts répétés. Les cas de Desormeaux et de Thomas (obs. 
4et 16)oii des corps étrangers de grandesdimensions, intro- 
duits dans lerectum de sujets habitués, faisaient saillieà la 
à la partie antérieure de l'abdomen, et ont extraits sans 
accidents, cee cas nous font partager plutôt l'avis de M. 
Gillette. 

CHAPITRE V 

TRAITEMENT 



Un maladecomme celui de M. Marc-Sée laisse une canule 
s'engager trop haut dans son rectum, il n'éprouve ni dou- 
leurs ni arrêt des matières, ni fièvre, ni hémorrhagie anale; 
nous suivrons à son égard l'exemple de M. Marc-Sée; nous 
attendons que le corps étranger veuille bien se présenter 
de lui-mêtne à l'anus, nous l'attendrons aussi loQgtemps 
que des accidents ne se produiront pas, sans nous occuper 
de savoir si le corps étranger est resté dans le rectum ou 
ou s'il est remonté au-delà. L'intestin montre dans cer- 
tains cas une tolérance dont nous avons déjà parlé et cela 
aussi biea dans ses portions élevées que dans sa partie in- 
férieure. Entre autres exemples de ce fait, on peut citer 



(1) Progrès médical, août 1878. 



comme des plus remarquables l'observation d'une ma- 
lade de M.Bardinet, de Limoges(l)laqu'elleavala des mor- 
ceaux de verre de 6-7 centimètres de longueur, les frag- 
ments d'un bénitier en porcelaine, un étui en bois et une 
clef; elle rendit tous ces objets en 12 jours, sans avoir 
présenté d'accidents sérieux. L'intestin grêle et tout le gros 
intestin avaient donc fait preuve de la même tolérance que 
le rectum. 

Pour en revenir à l'accident signalé par M. Marc Sée, 
il s'est produit et terminé plusieurs fois de la même façon, 
à notre connaissance ; il est donc bon qne] le chirurgien se 
rappelle dans ce cas Tutilité de l'expectation. Hors cette 
circonstance, on aura rarement l'occasion de suivre cette 
conduite, car le patient qui n'avoue que par force la cause 
de son mal, attend d'ordinaire l'apparition des accidents 
pour réclamer le secours du chirurgien. 

Supposons maintenant que les accidents signalés dans 
le chapitre des signes obligent le chirurgien à intervenir. 

1° Corps étranger resté dans le rectum ou engagé seulement 

en partie dans l'S iliaque. 

Soit d'abord un corps étranger resté dans le rectum, ou 
engagé seulement en partie dans l'S iliaque, il peut arri- 
ver que le sphincter de l'anus soit peu dilaté et même 
contracté, comme dans le cas de Raffy, alors on se trou- 
vera bien de faire donner au patient un lavement opiacé 
ou émollient, à l'exemple des auteurs des observations 
(9, 10, 16). Peut-être qu'un bain prolongé disposerait aussi 
favorablement les tissus du périnée à se laisser dilater. 

(t) Gaz. deahôp., 1859, numéro 28. 



— 28 — 

Selon toute apparence, on trouvera deux heures après 
l'anus beaucoup plus dilatable. 

I/anus étant dilaté naturellement, ce que le chirurgien 
notera comme une preuve d'habitudes anciennes, ou rendu 
dilatable par an lavement, on essaiera l'extraction avec 
les doigts ou des instruments peu volumineux tels que 
tenettes, pinces œsophagiennes, etc. De nombreuses ob- 
servations (obs. 3, 8, 9, 10, 22) montrent que l'on réussira 
souvent. 

Les tractions avec les doigts ou les pinces ayant été re- 
connues insuffisantes ou impossibles, on tentera la dilata- 
tion de l'anus avec les doigts à l'exemple de Howison (obs. 
14) de Cloquet (obs. 20) etdeMorel Lavallée, mais on se 
défiera de l'exploration du rectum par la main, dont Simon 
de Heidelberg (1) a certainement exagéré l'innocuité. 

« J'ai fait fréquemment, dit-il, cet examen alors qu'il 
n'était pas nécessaire, sur des patients soumis au chlo- 
roforme, et je l'ai fait parce que j'étais convaincu de son 
innocuité. La main étant bien huilée, on introduit d'abord 
deux doigts dans le sphincter, puis quatre et enfin le 
pouce et la main entière. La dilatation doit être progres- 
sive et aidée par un mouvement de rotation. En suivant 
ces indications, une main mesurant 25 centimètres peut 
être introduite absolument sans danger. » — « La main 
ayant été introduite dans l'intestin à 12 ou 14 centimètres 
de l'anus, l'abdomen peat être palpé à plusieurs centi- 
mètres au-dessus de l'ombilic. » Alibran (Obs. I), qui 
vingt-quatre ans avant la découverte de Simon avait « in- 

(1) Ce passage de Simon et les quatre observations d'auteurs américains 
qui suivent sont tirés d'un mémoire de Dandridge traduit par M, le D"" L. 
H. Petit (Bull, de tliér,, 1876). Je suis heureux de reconnaître l'obligeance 
extrême avec laquelle M. le Dr PL^tit m'a aidé de ses conseils d ms la ré- 
daction de ce travail. Je le prie d'accepter mes remerciements les plus sin- 
cères. 



— 29 — 

troduit facilement sa main dans le recturri » et l'avait 
« prudemment engagée à la recherche d'un corps étran- 
ger qu'elle trouva à l'épigastre dans le côlon transverse, » 
Alibran devait être peu convaincu de l'innocuité de cette 
pratique, car son observation accuse comme terminaison, 
la mort par rupture de l'intestin; et les contractions in- 
testinales si violentes qu'il a observées pendant son ex- 
ploration, permettent bien d'attribuer la rupture à l'intro- 
duction de la main. 

Les mêmes accidents sont survenus en Amérique à des 
chirurgiens qui avaient pratiqué l'exploration du gros 
intestin d'après les préceptes de Simon. Daudridge (1) 
signale un cas de mort par péritonite, avec rupture du 
péritoine, à 5 pouces de l'anus. La main introduite n'avait 
que 21 centimètres de tour. 

Sands (2) rapporte un cas de rupture de la tunique 
musculaire de l'intestin à 8 pouces de l'anus. La main du 
chirurgien ne mesurait que 19 centimètres de diamètre, 
elle avait été introduite à 42 pouces de l'anus. 

Weir (3). Main de 22 centimètres, introduite à 12 pouces; 
déchirure du péritoine. 

Sabine (4). Main de 19 centimètres, introduite à 11 pou- 
ces ; lacération et ecchymoses de la tunique musculaire. 

Nous ne ferons donc pas, comme Simon, l'exploration 
du gros intestin avec la main introduite à 12 ou 14 pouces 
de l'anus, mais nous ferons très-bien ladilatationde l'anus 
aveclesdoigts; du reste, quand cette dilatation estutilepour 
l'extraction du corps étranger, comme elle a déjà été faite 
pour son introduction, elle se reproduit assez facilement . 

(1) The Cincinnati Lancet and Observer, mai 1876. 

(2) New-York médic. journal, juin 1874. 

(3) New-York medic. journal, mars 1875. 

(4) New- York medic. journal, mars 1875. 



-- 30 ~ 

Porterons-nous la dilatation jusqu'aux limites indi- 
quées par Simon : 25 centimètres? Cela sera rarement 
nécessaire, car il est à remarquer que les corps étrangers 
les plus volumineux ont rarement dépassé 7 centimètres 
de diamètre, soit environ 22 centimètres de circonférence 
(Obs. I, II, XI, XVIII, XIX), il est probable que c'est là 
la dilatation maxima à laquelle le rectum peut arriver par 
accoutumance. 

Quoi qu'il en soit, la dilatation une fois faite avec la 
main ou avec les différents spéculums avant de tenter 
l'extraction, on se rappellera la classification adoptée par 
M. Mollière (1), qui est excellente au point de vue de l'in- 
tervention chirurgicale : 1° corps à bords arrondis ou 
mousses ; 2" corps à bords irréguliers susceptibles de 
blesser le rectum ; 3° corps fragiles. 

Examinons, dans chacune de ces catégories, les indica- 
tions dont le chirurgien aura à tenir compte. 

A. Corps à bords irréguliers susceptibles de blesser le 
rectum, — Ce seront en général des objets moins volumi- 
neux que ceux des autres catégories, la raison de cette dif- 
férence se devine. Le chiruj'gien devra insister beaucoup 
sur l'exploration de l'objet qu'il fera du reste avec lenteur 
et la plus grande prudence ; il a deux obligations difficiles 
et importantes à accomplir, d'abord ne pas se blesser lui- 
même au contact de l'objet, ce qui aurait au moins l'in- 
convénient de compromettre l'opération, ensuite recon- 
naîire complètement la surface de l'objet, afin de ne pas 
imposer au patient des délabrements inutiles. Il est pro- 
bable que si le D'' Raffy (Obs. XV) avait reconnu, par 
l'exploration préalable, les deux branches de la fourche 



(1) Maljidies du rectum, 1878, 



— 81 — 

bois qu'il avait à extraire, il lui eût été possible en les 
rapprochant de ne pas inciser le sphincter. 

Les irrégularités de la surface ayant été recherchées 
avec tout le soin nécessaire, le chirurgien saura de suite 
s'il doit recourir à la fragmentation de l'objet qui a si 
bien réussi à Desault et â Parker; à leur exemple, fixant 
l'un des points de l'objet avec une pince, il le brisera en 
un autre de ses points avec une autre pince. Qu'on fasse 
l'extraction du corps étranger entier ou par fragments, il 
faudra probablement protéger les parois de l'intestin 
contre ses aspérités, et cela, au besoin, avec des instru- 
ments improvisés, comme le chausse-pieds dont se servit 
Velpeau dans une circonstance malheureuse, ou comme 
le roseau célèbre depuis un siècle, que Marchettis glissa 
comme un étui protecteur autour d'une queue de cochon, 
introduite par des plaisants allemands dans un rectum : 
les poils demi-ras furent ainsi soustraits au contact de 
l'intestin dans lequel ils s'implantaient auparavant. 

B. — Soit un objet à bords arrondis, il est souvent très- 
volumineux; pour ces deux raisons, l'extraction ma- 
nuelle est diffi.cile et dangereuse . les doigts glissent sur 
l'objet, et s'ils veulent le contourner, ils imposent au 
rectum une surdistension qu'il faut éviter. On devra or- 
dinairement avoir recours, et le plus vivement possible 
aux instruments, parmi lesquels les différents forceps 
sont tout indiqués. Ce procédé a réussi à M. Péan (obser- 
vation. XIX), mais il a fourni à Dor de Marseille un cas 

de mort qu'on peut attribuer à la longueur des tentatives 

préliminaires. 

Si, dans un cas analogue à celui de M. Tillaux (Obs. X), 
la dilatation du rectum étant suffisante, l'extraction avec 
le forceps était impossible, se serait l'occasion de prati- 



quer l'incision du sphincter à la manière de Raffy, et si 
cela était nécessaire d'élargir encore la voie par la résec- 
tion du coccyx employée avec succès par M. le professeur 
Verneuil (1) dans le cas d'anus imperforé et pratiquée 
après lui par grand nombre de chirurgiens. Cette opéra- 
tion de la résection du coccyx a été faite souvent chez 
l'adulte et également avec succès par Kocher de Berne, 
ponr l'extirpation de cancers du rectum (2). Cet auteur se 
félicite de la guérison facile de la plaie, mais il ne dissi- 
mule pas qu'il y avait alors de l'incontinence des ma- 
tières. Cet inconvénient persistàt-il, qu'il serait petit en 
face de l'impossibilité reconnue de l'extraction du corps 
étranger ; mais les observations de résection du coccyx 
chez des enfants qui n'ont pas, plus tard, conservé d'in- 
continence des matières, font espérer que, même chez 
l'adulte, cette infirmité ne serait pas persistante ; et pour- 
quoi, le sphincter ayant perdu de ses insertions, l'incon- 
tinence persisterait-elle, alors qu'elle ne persiste pas 
après l'ablation totale du sphincter inférieur? Chassai- 
gnac pense qu'alors les fibres annulaires de la partie su- 
périeure du rectum s'hypertrophient pour former un nou- 
veau sphincter, le muscle d'O'Beirne (3) retiendrait donc 
réellement les matières en cas d'insuffisance du sphincter 
inférieur. 

C. — Lorsqu'un corps étranger fragile aura été reconnu 
dans le rectum, c'est alors que le chirurgien devra redou- 
bler de prudence. La main sera certainement de tous les 

(1) Résection du coccyx pour faciliter la formation d'un anus périnéal dans 
les imperforations du rectum. Gaz. des hôp., 1873, p. 693. 

(2) De l'extirpation du rectum après résection du coccyx, par Kocher. 
(^Centralblat. fur Chirurgie, 1874.) 

(3) New viewa of the process of défécation. Dublin, 1833. 



— 33 — 

instruments, celui qui proportionnera le mieux les efforts 
de traction à la résistance de l'objet. Aussi comprend-on 
que les chirurgiens mis en demeure d'extraire des vases 
de verre de grandes dimensions, aient cherché, en faisant 
préalablement la version de l'objet, à en saisir les points 
qui offraient le plus de prise à la main. Nous ferons tou- 
tefois une réserve sur ce procédé, à propos du cas de 
Laroyenne : l'objet ayant été reconnu par le toucher rec- 
tal, le patient ne pouvait pas ne pas donner tous rensei- 
gnements complémentaires sur ses dimensions. Or, le 
verre avait 9 centimètres de hauteur et 7 centimètres 1/2 
de diamètre; en voulant le retourner .dans le rectum, on 
obligeait donc cet intestin à subir une dilatation de 
23 centimètres. C'est plus que Simon ne lui en accorde, et, 
bien que M. Sappey (2) ait trouvé un rectum dilaté à 
34 centimètres par des matières fécales, on pouvait pré- 
voir, dans le cas de Laroyenne, que les tentatives de ver- 
sion ménfîgéesqui furent faites ne réussiraient pas, et c'est 
ce qui arriva. Il est regrettable, à ce propos, que l'observa- 
tion de M. Morel-Lavallée, relative à un verre extrait 
heureusement après avoir été ainsi retourné, ne donne 
pas les dimensions de ce corps étranger. 

Il peut arriver enfin que les tentatives manuelles ayant 
échoué, ou étant contre-indiquées, le chirurgien doive 
recourir au forceps. Le cas malheureux de Velpeau, qui 
brisa une chope dans ces circonstances, ne devra pas 
décourager; les observations de Laroyenne et Désor- 
meaux prouvent que le succès est possible. Le dernier de 
ces chirurgiens fait au sujet de la pression du forceps, une 
remarque judicieuse qu'on pourrait, en la complétant, 
formuler en précepte de la manière suivante : entourer de 

(2) Traité d'anatomie descriptive. 2^ édit., t. IV, p. 261, 



— 34 — 

linge les cuillers du forceps, et avant l'introduction, fixer 
auprès de l'articalation, un arrêt qui assure un rappro- 
chement des branches, suffisant à retenir l'objet, mais 
insuffisant à le comprimer latéralement. Il est évident 
que si l'inextensibilité de l'anus g-êne l'extraction, il con- 
vient plus que jamais d'inciser le sphincter ou même de 
réséquer le coccyx. 



2° Corps étranger engagé dans les portions supérieures du 

gros intestin. 

Soit maintenant reconnu un corps étranger, engagé 
dans les portions supérieures du gros intestin ; tant que 
des accidents graves d'occlusion intestinale ne se sont pas 
pas produits, il n'y a pas lieu d'intervenir. L'observation 
de M. Marc Sée, dans laquelle le corps étranger fut perdu 
pendant huit jours dans l'intestin, se présenta de lui- 
même à l'anus, et fut extrait sans accident, commande à 
elle seule l'expectation. 

Mais voici que des signes d'occlusion intestinale aiguë, 
voire même les premiers indices de la péritonite qui se dé- 
clarent, le corps étranger n'est pas du tout engagé dans 
le rectum, on sait qu'il est dans l'intestin, peut-être 
même le sent-on par la palpation abdominale, il faut agir 
au plus vite. 

Tout d'abord, nous prescrivons comme inutiles et dan- 
gereuses toutes tentatives d'extraction avec la main intro- 
duite par le rectum dans les portions supérieures du gros 
intestin. Ces tentatives seraient inutiles, parce que les 
mesures de Simon nous interdisent l'espoir de porter une 
partie notable de la main dans l'S iliaque. M. Studs- 



— 35 — 

guaard n'y a pas réussi, en faisant la rectotomie linéaire 
postérieure, et quelque facilité qu'eût pu lui donner la 
résection du coccyx, il n'eût pas réussi davantage à fran- 
chir l'angle sacro-vertébral. Bien plus, comme il le dit 
lui-même, y fut-il parvenu, que la cassure tranchante du 
corps étranger eût pu perforer l'intestin dans son voyage 
jusqu'à l'anus. Pour enlever un corps étranger par l'anus, 
il faut l'avoir exploré et reconnu auparavant. Quant au 
danger de l'introduction de la main jusqu'à l'angle sacro- 
vertébral , les observations d'Alibran, de Daudridge, 
Sands, Weir, Sabine le démontrent surabondamment. 

Nous conseillons donc l'entéroLomie d'emblée; mais 
quel procédé adopter, colotomie lombaire d'Amussat, 
entérotomie de Littre ou de Nélaton, laparo-entérotomie 
sur la ligne médiane? 

Disons tout de suite que le chirurgien doit se préparer 
une voie large non-seulement pour l'extraction de l'objet, 
mais pour la recherche de l'objet ou des objets. Dans les 
cinq cas connus de corps étrangers passés au delà du rec-» 
tum (Obs. I, II, XIV, XXIV, XXV) les corps étrangers 
avaient de 16, à 23 centimètres de longueur ; dans le cas de 
Closmadeuc, le chirurgien a interrogé le malade pendant 
sept jours, et il n'a connu la nature du corps étranger 
qu'à l'autopsie; dans le cas de Lane et Owen, on chercha 
un corps étranger et on en trouva quatre. Il faut donc une 
large voie, parce que les objets sont ordinairement volu- 
mineux et qu'il peut en exister plusieurs situés à diffé- 
rentes hauteurs dans l'intestin. En outre n'y a-t-il pas 
nécessité de rechercher dans la partie de l'intestin voi- 
sine de celle occupée par l'objet, s'il ne se trouve pas des 
points de sphacèle? Le corps étranger ne peut-il pas avoir 
comprimé l'intestin jusqu'à production de gangrè:ie et 
s'être déplacé depuis? 



— 36 - 

A cause de cette incertitude sur les dimensions, la na- 
ture, le nombre des corps étrangers, la présence ou l'ab- 
sence du sphacèle, nous voulons un large accès dans 
l'abdomen et un examen étendu du gros intestin. 

La colotomie lombaire, l'entérotomie à gauche ou à 
droite par les procédés de Littre et de Nélaton, ne répon- 
dant pas àces conditions, nous conseillonsd'avoir toujours 
recours à la laparo-entérotomie par incision sur la ligne 
médiane. Du reste, cette dernière opération n'expose guère 
plus le patient que ne le feraient celles que nous décon- 
seillons. « Gunter, au rapport de M. Lefort (1), a rassem- 
blé 96 opérations, 60 dans lesquelles on pratiqua la mé- 
thode de Littre et 36 la méthode de Callisen (colotomie 
lombaire), les résultats sont à peu près les mêmes, la 
moitié des opérés sont morts. » D'autre part, M. Bul- 
teau (2), analysant dans sa thèse inaugurale 92 observa- 
tions de gastrotomie (laparo-entérotomie), trouve que, 
sur 92 opérations de gastrotomie, il y a eu 33 guérisons, 
69 morts, soit 36 p. 100 de guérisons. Cette différence ne 
doit pas faire renoncer aux avantages de la gastronomie. 

Le malade étant soumis au chloroforme, on fait sur la 
ligne médiane à partir de l'ombilic une incision de 15 cen- 
timètres environ, qui ne doit pas comprendre le péritoine. 
Les petites artères qui donneront seront immédiatement 
comprimées avec des pinces à forcipressure. L'hémorrhagie 
arrêtée, on soulèvera le péritoine avec une pince et l'ayant 
perforé en un point, on l'incisera dans toute l'étendue de 
la plaie abdominale, avec des ciseaux conduits sur une 
sonde cannelée. Le gros intestin gonflé dans ses portions 

(1) Malgaigae et Lefort. Manuel de méd. opér. 8^ édit., t. II, p. 427. 

(2) Bulteau — De rOcclusioii intestinale, diagnostic et traitement. Th. 
Paris, 1878. 



^ 37 — 

supérieures à celle qu'occupe le corps étranger, c'est-à- 
dire le cœcam, le côlon ascendant et plus ou moins du 
côlon transverse, se distinguera facilement du reste de la 
masse intestinale. 

Quand on aura trouvé le ou les corps étrangers, on es- 
saiera de les décider, par des pressions très-modérées, à 
traverser île nouveau l'S iliaque, pour rentrer dans le 
rectum. Si par hasard on y réussissait, il ne resterait plus 
qu'à fermer la plaie abdominale après s'être assuré que 
l'intestin n'est pas gangrené ; on s'en serait tenu alors à la 
laparotomie. 

Mais il arrivera ordinairement que la rentrée du corps 
étranger dans le rectum ne pourra pas s'effectuer; on 
examinera avec grand soin le gros intestin, afin de ne pas 
laisser inaperçu quelque point gangrené. Supposons l'in- 
testin sain, on en fera la section dans une étendue suffi- 
sante pour permettre la sortie du corps étranger et l'on 
prendra garde, s'il s'échappe quelque liquide intestinal, 
qu'il ne s'épanche point dans la cavité péritonéale, mais 
bien sur des éponges et des linges disposés à cet effet. Le 
corps étranger extrait, on fermera la plaie intestinale avec 
des sutures nombreuses de catgut ou en fil bien ciré, soit 
deux ou trois par centimètre, appliquées par les procédés 
de Jobert, de Lembert ou de Gély. 

Il faut maintenant fermerl'abdomen ; on pourra, suivant 
l'épaisseur de la paroi, faire une ou deux rangées de su- 
tures, et dans ce cas l'une sera profonde allant jusqu'au 
péritoine, l'autre ne prenant que les parties superficielles 
de la paroi abdominale. 

Si l'on a trouvé une portion d'intestin gangrenée, soit 
d'abord un point assez limité, le mieux sera de le com- 
prendre dans l'incision de l'intestin, il sera éliminé sans 
préjudice après la soudure des bords de la plaie ; si le point 



- 38 - 

sphacélé est éloigné du lieu indiqué pour l'incision, on 
pourra, à l'exemple de A. Cooper, saisir avec des pinces 
le pourtour de la petite eschare, l'embrasser par une 
ligature et réduire. Mais, a-t-on affaire à une surface 
gangrenée assez large, alors on s'inspirera des circonstan- 
ces pour choisir entre l'établissement d'un anus artificiel 
à Ja partie inférieure de !a plaie abdominale, et, à l'imi- 
tation de Rejbard, la résection de la partie nécrosée, suivie 
de la réunion des deux bouts d'intestin par les sutures 
déjà indiquées, ou encore par le procédé d'invagination de 
Jobert. 



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Observation I. - Corps étranger du rectum; extractiou avec la main; 
mort par péritonite. (Observation de M. Alibran, de Compiegne. Gaz. des 
hôp,, 1849, p. 561.) 

Le malade est examiné sérieusement vers le 20 juillet 1848; 
d'après lui, le corps étranger a été introduit par méchanceté dans 
son rectum, un mois auparavant. 

La main de l'opérateur, introduite facilement dans le rectum, 
saisit solidement le corps étranger, mais au moment ou il va fran- 
chir l'ouverture, une constriction subite du releveur 1 arrache et 
l'emporte dans les profondeurs. 

La main, prudemment engagée à sa recherche, le retrouve a 
l'épigastre dans le côlon transverse; il est saisi et ramené au 
point de départ, chassé même avec la main. 

Une nouvelle tentative d'cxtraclion est suivie du même insuc- 
cès, du même enlèvement. 

De temps en temps, une contraction intestinale survenait qui 
appliquait et serrait la main sur le corps étranger, à la façon de 
la matrice pendant le part et avec autant de force. 

On saisit alors le corps étranger avec des pinces à griffes et, 
ayant retiré la main, on l'extrait facilement avec les pinces. ^ 

C'était un morceai"i de bois de 22 centimètres de long sur / de 
diamètre, il était arrondi à une extrémité et coupé en rose a 
l'autre bout. 

Bientôt les frissons se déclarèrent, la fièvre suivit, le ventre 
devint douloureux, sensible au toucher; des vomissements se pro- 
duisirent incessants, les traits s'altérèrent, tous les symptômes 
d'une péritonite se déclarèrent, et au bout de trois jours il mourut. 

A l'autopsie, péritonite généralisée, le bassin est rempli de 
matières excrémentiticlles liquides : il y a donc eu perforation, 
cependant on ne trouve qu'un léger pertuis insuffisant pour expli- 
quer l'abondance des matières répandues dans la cavité perito- 
néale. Nul doute pour l'opérateur qui a senti sa main étreinte par 
l'intestin avec autant de puissance que par un utérus; nul doute 
pour les témoins de l'opération qui ont vu sa main injectée, 
tremblante et paralysée dans sa lutte; nul doute que l'intestin ne 
se soit déchiré dans l une de ces convulsions, comme on voit par- 



~ 43 — 

fois l'estomac ot la matrice se rompre pendant la contraction faite 
pour évacuer ce qu'ils contiennent. 

Obs. II. — Étui en fer dans le colon tranaverse; mort. (Observation de 
M. Closmadeuc. Bull. Soc, de chirurgie, mai 1861.) 

Le nommé V. A.. , enfant naturel, né à Rouen, âgé de 41 ans, 
est un forçat condamné par la Cour d'assises d'Ille-et-Vilaine 
(17 novembre 1848) à quinze ans de fers pour vol qualifié, signalé 
comme extrêmement dangereux, et s'étant évadé une fois du 
bagne de Brest. 

Le 22 mai 1855, ce forçat entre à Ja prison de Vannes, conduit 
par la gendarmerie et ramené de Napoléon-Vendée, où il vient de 
comparaître en qualité de témoin dans une affaire d'assises. 

Trois jours après son entrée en prison, dans la journée du 
25 mai, il est pris d'une indisposition subite : douleurs abdomi- 
nales, constipation, nausées, fièvre; il n'a pas de hernie, et cepen- 
dant, dès le lendemain, des symptômes bien tranchés d'étrangle- 
ment interne se manifestent avf c violence : vomissements incoer- 
cibles, coliques atroces, ballonnement du ventre, etc. 

Le de Quéral, médecin de la prison, diagnostique une péri- 
tonite aiguë et le traite en conséquence. Le prisonnier, qui sent 
que son état s'aggrave, finit par avouer au médecin qu'il a l'habi- 
tude de cacher quelques pièces d'argent dans un sachet de toile, 
et qu'il le soustrait ordinairement à la surveillance des gardiens 
en l'introduisant dans le rectum. 

Le cathétérisme rectal, à l'aide des doigts, ne donne aueun 
résultat; une longue pince à polype, poussée dans le rectuuij ne 
rencontre aucun corps étranger. L'intestin est vide jusqu'au 
muscle d'O'Beirne. 

Les symptômes vont en augmentant de gravité. De plus, à tra- 
vers les parois abdominales, dans le flanc gauche, vers la région 
colique descendante, le docteur reconnaît la présence d'une 
tumeur volumineuse, dure et douloureuse à la pression. Sont-ce 
des matières fécales accumulées ? ou bien est-ce le corps étranger 
qu'on cherche? Le malade donne alors une deuxième version. Ce 
n'est plus un sachet de toile, c'est, dit-il, un bâton rond fciuhi, 
dans la fente duquel il a empilé quelques pièces d'argent, main- 



— 44 



tenues par des tours de fil; dans un moment d'alerte, il a intro- 
duit l'appareil par le bout pointu au lieu de le présenter par l'ex- 
trémité mousse, et l'accident a été causé par cette erreur. 

Bref, la péritonite marchant toujours, le forçat meurt le 2 juin, 
le septième jour de la maladie, dix jours après son entrée dans la 
prison de Vannes. 

A l'autopsie faite le lendemain (3 juin) par M. le D' Dantu, on 
constate les signes d'une péritonite aiguë avec épanchement sé- 
reux dans l'abdomen et développement de fausses membranes, 
une distension énorme du caecum et du» côlon ascendant par des 
gaz, sans perforation, et on rencontre dans le côlon transverse un 
corps étranger volumineux, c'est-à-dire un étui cylindro-conique, 
ayant son extrémité conique dirigée vers le caecum, et sa grosse 
extrémité tournée à gauche. 

Cet étui en 1er battu, était entourée d'une enveloppe de crépine, 
et présentait une longueur de 16 centimètres sur 14 de circonfé- 
rence et pesait 650 grammes.^ Servant à la fois d'arsenal et de 
cofFre-fort, il contenait des scies, des limes et quelques pièces 
d'argent. C'est un des plus volumineux spécimens connus des 
étais fréquemment employés au mênie usage par les prisonniers 
de cette espèce et qu'ils appellent des « nécessaires ». Ces étuis 
ont presque tous la même forme; ils ont une extrémité conique, 
et Tintroduction se fait par le gros bout; l'extrémité conique re- 
gardant l'anus quand l'étui est en place. Il en résulte que l'expul- 
sion du corps étranger se fait avec une très-grande facilité. 

Le forçat craignant une brusque visite, aura sans doute par 
mégarde ou dans sa précipitation, introduit son a nécessaire » par 
le bout conique ; de là, l'accident. 

Ce qui eit certain, c'est qu'en sept jours le corps étranger a 
parcouru successivement le rectum, l'S iliaque, le côlon descen- 
dant, pour s'arrêter au milieu du côlon transverse, oii l'autopsie 
l'a fait découvrir. 



Obs. III. — Bâton extrait du rectum avec une sonde; guérison. (Observa- 
tion de Scarpa, traduite par Cabaret. Gazette médicale de Paris, 1852, 
p. 143.) 

Un robuste villageois, pour guérir une constipaiion opiniâtre, 



— 45 — 

s'était introduit dans le rectum un bâtonnet qui lui échappa, et 
que, en voulant le retirer, il ne fit qu'enfoncer plus profondément. 
Au bout de quelques heures, accablé par les douleurs du ventre, 
il dut cesser ses travaux et se fit transporter à l'hôpital. 

Le chirurgien de garde introduisit une pince, mais il ne put 
même toucher le bout du corps étranger. Il ordonna un purgatif 
doux, qui n'amena aucun résultat. 

Scarpa reconnut, avec la main placée sur l'abdomen, que l'ex- 
trémité supérieure du bâtonnet faisait saillir la paroi du ventre à 
la manière d'un dé à coudre, dans la région iliaque droite. On 
pouvait là la circonscrire avec le doigt; et, en pressant sur elle, 
on réveillait les douleurs aiguës dans le ventre et surtout vers le 
sommet du sacrum. 

Le soir du même jour, le même bout paraît avoir quitté la 
région iliaque droite et s'être porté vers la gauche. Durant la nuit, 
on sentit qu'il remontait vers le côlon gauche, et le lendemain 
matin on put reconnaître son extrémité supérieure dans la région 
épicôlique de ce côté. 

Dans le courant de la journée, le corps étranger s'avança vers 
le côlon transverse jusqu'au cartilage xyphoïde, A partir de ce 
moment, il subit un changement inverse dans sa marche, car la 
matinée du jour suivant on le trouva saillant dans la région ilia- 
que gauche comme précédemment. 

En réfléchissant à la longueur de ce bâtonnet, Scarpa pensa que 
ce corps étranger devait être placé obliquement; dételle sorte 
que, par son extrémité supérieure, il poussait en dehors la paroi 
abdominale vers la région iliaque gauche, tandis que par l'infé- 
rieure il faisait saillie dans le rectum, le refoulait vers le côté 
droit du bassin, imprimant à cet intestin un repli angulaire, qui 
devait nécessairement mettre obstacle à la descente du bâtonnet 
vers l'anus. 

En conséquence, ayant fait placer le malade comme pour la 
taille, il conduisit sur l'indicateur gauche une canule de gomme 
élastique, grosse comme le doigt annulaire, dépourvue de man- 
drin métallique, afin qu'elle fût flexible dans toutes ses directions, 
de manière à s'insinuer dans les tortuosités e.t à déprimer le 
vicieux repli angulaire de l'intestin, entretenu par la situation 
oblique du corps étranger. Ce premier but étant atteint, il poussa 
dans la canule un stylet métallique recourbé à son extrémité, ce 



— 46 — 

qui donna à l'instrument la fermoté nécessaire. Alors, la paume 
de la main droite appuyée sur la région iliaque gaucho du malade, 
il commença à pousser doucement l'extrémité supérieure du bâ- 
tonnet de gauche à droite et un peu en haut vers l'ombilic, pen- 
dant qu'avec la main gauche, saisissant la grosse et ferme canule 
et la dirigeant en sens contraire, c'est-à-dire de droite h gauche, 
il s'eiforoait d'effacer le repli angulaire et de replacer le rectum 
dans sa direction et sa position naturelles. 

Peu à peu et à mesure que le repli angulaire cédait à la pres- 
sion de la canule, le bâtonnet descendait davantage en bas vers le 
bassin. Procédant lentement par les deux mouvements combinés 
en sens opposés, Scarpa parvint à obtenir que le bâtonnet des- 
cendît rapidement dans le rectum, et il put bientôt toucher son 
bout inférieur avec l'indicateur porté dans l'anus ; il le saisit alors 
solidement avec une pince à bec de grue, et en le tirant tantôt en 
avant, tantôt en bas, il en acheva l'extraction sans l'avoir rompu. 

Le malade accablé par la longueur des souffrances, tomba en 
sjncopc vers la fin de l'opération. Peu d'heures après, il fut saisi 
d'une fièvre intense accompagnée de mouvements convulsifs. La 
vive sensibilité morbide du tube intestinal persista durant cinq 
semaines. Enfin, il reprit ses forces et sortit de l'hôpital parfaite- 
ment guéri. 

Scarpa donne ce cas comme exemple de l'action antipérisfalti- 
que du gros intestin. 

Obs. IV, — Bouteille extraite avec le forceps; guérisou. (Observation de 
M Désormenux. Bull. Suc. de chir., février 1862.) 

Cet homme se présente à la consultation, disant avoir depuis 
avanl-hier soir (36 lionres environ) une bouteille dans le rectum. Il 
avoue se l'être déjà introduite plusieurs fois. 

Cette dernière fois donc, la bouteille a^-antété poussée trop loin, 
il la sentit basculer de manière que son fond alla se loger dans la 
courbure du sacrum et du coccyx; il lui fut impossible de la retirer. 
Espérant qu'elle redescendrait d'elle-même, il n'en dit mot à per- 
sonne, jusqu'à ce matin, moment où les douleurs dans le ventre et 
e périnée l'obligèrent à venir à l'hôpital. 

A son entrée on constate que l'anus est dilaté en infnndibulura 



— 47 — 

assez extensible pour permettre rintrodiiction de quatre ou cinq 
doigts sans difficulté. Il s'en écoule des matières fécales, mu- 
queuses, liquides, sanguinolentes, qui ont taché sa chemise et ses 
cuisses. 

Le toucher, pratiqué après un bain, fait reconnaître au-dessus' 
des sphincters et à la profondeur de l'index environ la présence 
d'un fond de bouteille dirigé obliquement en haut et en arrière, 
avec la pulpe du doigt on peut aisément enfaire le tour et remonter 
un peu le long de ses parois, exploration qui montre que la bou- 
teille est dirigée en haut et en avant, suivant l'axe du détroit su- 
périeur. 

Le palper du ventre fait apprécier en même temps le siège de 
l'embouchure, qui est à 6 centimètres en bas et à gauche de l'om- 
bilic. La distance qui la sépare des parois de l'abdomen est assez 
petite pour permettre de saisir cette extrémité, de j-econnaître ses 
dimensions, sa forme et ses contours, et de la faire cheminer de 
gauche à droite, selon un arc de 15 centimètres; mais on ne peut 
la faire avancer que très-peu de haut en bas, et, quelle que soit la di- 
rection qu'on lui donne, elle revient d'elle-même se placer immé 
diatement au même point à gauche de l'ombilic. Du reste, le ma- 
lade ne souffre pas beaucoup, n'a pas de fièvre, le ventre n'est pas 
ballonné. Mais quelques tentatives ayant été faites au moment de 
son entrée pour extraire cette bouteille, et les parois de l'abdomen 
et de l'intestin ayant été un peu comprimées perpendiculairement 
à l'orifice, une douleur plus vive se fit sentir en ce point. 

M. Désormeaux, arrivé peu après, introduisant la main droite 
dans le rectum, essaie de saisir le fond de la bouteille et de l'en- 
traîner au dehors; mais des efî'orts répétés ayant été infructueux, 
les branches d'un forceps sont glissées le long des parois de la bou- 
teille jusqu'à la partie rétrécie, puis étant articulées, des tractions 
modérées et continues sont pratiquées en même temps que la main 
gauche dégageait le fond de la bouteille de la pointe du coccyx qui 
la retenait. Cette manœuvre l'amena au niveau du sphincter qui 
fut franchi sans peine, et on vit sortir une bouteille de 19 centi- 
mètres de hauteur, 19 centimètres de circonférence au point le 
plus large, 5 centimètres 1/2 de diamètre au fond. N'ayant pas de 
bouchon, cette bouteille s'était remplie de matières fécales liquides 
et glaireuses. 



— 48 — 

Le malade rendit en même temps une certaine quantité de sang 
mêlé aux matières , 

Le soir il se trouva fatigué, mais sans fièvre, le ventre très-peu 
sensible. On lui donne un lavement émollient qu'il rend avec peu 
de matières. 

Le ,2 février, au matin, il a un peu de fièvre, reste assoupi, ne 
paraît pas soufirir, mais ne répond pas ou que très-vaguement aux 
questions qu'on lui adresse. 

Le 3, il ne se trouve pas plus mal, et sort sur sa demande. 

Comme on objecte à M. Désormeaux que l'emploi du forceps 
l'exposait à briser la bouteille et qu'il eût mieux valu l'extraire 
avec les doigts en dilatant l'anus, il répond que la forme et la ré- 
sistance de la bouteille l'autorisaient à se servir du forceps et que 
la difficulté résidait, non dans l'extraction et le passage de la bou- 
teille, mais bien dans son dégagement. 

La bouteille arc-boutait par sa grosse extrémité dans la concavité 
du sacrum, par la petite contre le détroit supérieur; l'obstacle au 
dégagement tenait à cet enclavement, et non à une contraction de 
l'intestin, car on pouvait passer les doigts facilement entre l'intes- 
tin et le corps étranger. 

Obs. V. — Verre à boire resté 54 jours dans le rectum; extraction avec le 
forceps; mort. (Observation de M. Laroyenne. Gazette médicale de Lyon, 
1867.) 

Un ancien zouave, âgé de 47 ans, actuellement concierge à Lyon, 
se présente à l'Hôtel-Dieu le 8 juillet 1866, se plaignant d'éprou- 
ver depuis quelques jours de la diarrhée et de la difficulté d'uriner. 
Le cathétérisme permet de constater l'intégrité anatomique du 
canal de l'urèthre et de la vessie. 

Le relâchement et l'élargissement du sphincter anal nous font 
inviter l'interne du service, M. Drivon, à soumettre eh particulier 
le malade à un interrogatoire, afin de nous renseigner sur les causes 
de ces symptômes et de nous éclairer sur les causes de son afi'ec- 
tion. Le malade ne fit aucun aveu; la miction devint plus facile et 
il fut perdu de vue pendant environ un mois. 

La diarrhée involontaire, l'afiTaiblissement progressif des forces 
nous mirent en demeure, le 24 août, de faire, malgré toutes ses 



49 — 



dénégations, l'exploration de la cavité rectale ; et il nous fut alors 
! facile de constater par le toucher un corps étranger volumineux, 

• situé à 5 ou 6 centimètres de l'extrémité inférieure de l'intestin, 
que le malade avoua être un verre à boire qu'il s'est introduit le 
1<" juillet, dans le but dit-il de remédier aux difficultés de l'émis- 

: sion de l'urine. Il est endormi aussitôt et nous cherchons à saisir 
1 le verre dont le fond est dirigé vers les parties supérieures. Des ef- 
1 forts faits avec des tenettes à mors matelassés restent infructueux. 
1 Infructueuses aussi sont les tentatives ménagées, effectuées pour 
. opérer sa version et ramener son fond à l'orifice qui lui avait livré 
j passage. Nous eûmes alors recours à l'introduction d'un forceps de 
' petites dimensions, dont l'intervalle des branches était pourtant 
suffisant pour contenir le verre sans le briser. Les tractions l'ame- 
! nèrent au dehors et intact, mais non sans difticulté, car il venait 

• s'arc-bouter en arrière contre le sphincter. Un de nos confrères, le 
!)■■ Giraud, en maintenant relevée son ouverture sous le pubis, fa- 
cilita de la sorte son dégagement. Son diamètre est de 0,075, sa 

; hauteur de 0,09. 

Le lendemain l'état du malade parut un peu amélioré, mais les 

; jours suivants, la diarrhée persistante, l'absence d'appétit, firent 
pressentir la mort, qui eut lieu le 13 septembre. 

A l'autopsie, on trouve la muqueuse roctale épaissie, ulcérée par 
places; le tissu cellulaire périrectal est induré, fait corps avec 
l'intestin et contient çà et là quelques petits foyers de suppuration. 
Absence de péritonite ; pourtant le péritoine du petit bassin pré- 
sente une teinte opaline anormale. Rien du côté des organes géni- 
taux. 



Obs. VI. — Pot à confitures extrait par fragments; guérison. (Observation 
de Desault. Boyer, Traité des maladies chirurgicales, t. X, p. 34.) 

Un homme de 47 ans, se rendit à l'Hôtel-Dieu le 17 avril 1792, 
pour se faire ôter du rectum un vase de faïence qu'il s'y était in- 
troduit depuis huit jours, pour vaincre, disait-il, une constipation 
opiniâtre. Ce vase était un pot à confiture dont l'anse s'était cassée 
et le fond détaché : sa forme était conique et sa longueur de trois 
pouces. Il avait été introduit par son extrémité la moins large qui 
présentait deux pouces de diamètre. Lorsque le malade se présenta 



— 50 — 



à l'hôpital, il avait déjà fait lui-même des efforts pour extraire ce 
corps étranger. L'écoulement de sang et l'excès de douleurs l'a- 
vaient forcé de suspendre ses tentatives. La partie supérieure du 
rectum renversée et invaginée dans le vase y formait une tumeur 
très-dure qui le remplissait complètement. Les parties environ- 
nantes étaient enflammées et cotte circonstance rendait l'extraction 
plus difficile. Desault fit coucher le malade sur le côté, puis écar- 
tant l'intestin des parois du vase, il parvint à saisir celui-ci avec 
une forte tenette qu'il enfonça le plus haut possible et qu'il fit te- 
nir ferme par un aide. Au moyen de ce point d'appui et avec une 
autre tenette introduite de la même manière, il parvint à briser le 
vase et aie retirer par petites parties sans blesser le rectum. Cette 
opération ne fut ni longue ni douloureuse, quoiqu'il eût été néces- 
saire d'introduire les tenettes un grand nombre de fois. Lorsque 
tous les fragments eurent été extraits, Desault repoussa la portion 
renversée du rectum au moyen d'un gros tampon de charpie enduit 
de cérat, soutenu au dehors par un bandage triangulaire. Le dé- 
voiement cessa le sixième jour, alors l'intestin ne se renversait 
plus lorsque le malade allait à la selle, on diminua la grosseur du 
tampon et l'on cessa mémo l'en placer après le dixième jour lorsque 
les déchirures furent cicatrisées, et cet homme sortit de l'hôpital 
parfaitement guéri, quinze jours après l'opération. 

Obs. vil — Chope extraite avec forceps: mort. (Observation de Velpeau, 
in Nélaton, Éléments de pathologie chirurgicale.) 

En 1844, nous avons vu un homme qui à la suite d'une orgie, s é 
tait introduit un grand verre à bière dans le rectum. Les tentatives 
d'extraction furent infructueuses; on avait pris un forceps mfiis le 
verre se brisa; on ne put extraire que le fragment le moins volu- 
mineux. M. Velpeau fut oblige de retourner le corps étranger ci 
malgré le soin qu'il prit de protéger les parois de l'intestin à l'aide 
d'une corne dont on se sert pour chausser les souliers, il ne put 
prévenir des dilacérations considérables. Le malade succomba huit 
jours après à un phlegm')n du bassin. 



— 51 — 



Obs Vni -Maache de pelle extrait avec des teaettes; guérison. (Obser- 
vation de M. Gillette. Bull. Soc. de chirurgie, 1877, p. 684.) 

M Toulanger,àgéde61ani^entré àBeaujonen septembre 1877, 
■.'est intpodnit cinq jours auparavant, dans le rectum, l'extrémité 
iVun manche de pelle à enfourner le pain. Le toucher rectal pra- 
wqué, le malade couché sur le côté droit permet à l'index de sen- 
lir très-haut, à 8 ou 10 centimètres environ, un corps dur et 
^•aboteux qu'il est cependant impossible de saisir avec les doigts 
■m avec des pinces à anneaux ordinaires. M. Gillette fait coucher 
.îet homme sur le dos dans la position des femmes examinées au 
=.pécLilum, deux doigts pénétrant dans la cavité rectale atteignent 
^,lus facilement le corps étranger, mais ne peuvent l'amener au 
Ilehors : on peut alors, à l'aide de tenettes à calcul vésical, et en 
-uidant cet instrument avec deux doigts de la main gauche, saisir 
lie morceau de bois par les extrémités de son diamètre transversal, 
I .'attirer en bas, en lui faisant suivre la courbure du sacrum, et 
nccoucher, pour ainsi dire, cet homme sans qu'il y eût le moindre 
•'ôcoulcment sanguin. Avant l'extraction, le palper abdominal per- 
ftmettait de constater dans la fosse iliaque la présence d'un corps 
'dur et très-résistant ; il était en effet situé en grande partie dans 
irS iliaque; car, la longueur moyenne du rectum étant de 20 à 22 
-entiraètres, si on ajoute à celle de ce manche de pelle qui est de 
;22 centimètres, la distance de 10 centimètres que parcourait le 
.doigt avant de l'atteindre, on a 30 ou 32 centimètres. Ce corps 
. étranger si volumineux (il a 4 centimètres de diamètre) n'avait 
[pourtant déterminé aucun accident du côté de la cavité abdomi- 
I nale ; le malade n'avait accusé qu'un peu d incontinence d'urine. 

L'extraction fut suivie d'un écoulement ichoreux fétide qui lut 
.combattu par des lavages désinfectants mais ne donna lieu a 
l aucune complication fâcheuse, et le malade sortit de l'hôpital sans 
;iavoir éprouvé, à aucun moment la moindre sensibilité du ventre. 

' Obs. IX. - Boules de flanelle et de savon extraites avec les doigts; mort. 
(Ob-ervatioQ de MM. Lane et Oweu. British médical Journal, mai 1874.) 

Un policeman, ayant subi le 30 mars la réduction d'une hernie 



inguinale étranglée du côté gauche, présente le 31 des signes de 
péritonite grave. Cependant la h ernie rentrait facilement et l'an- 
neau était libre. M Owen introduisant son doigt dans le rectum 
tombe sur une masse du volume d'une pomme, la retire, ainsi 
qu une autre semblable qui se présente immédiatement : c'étaient 
des morceaux de flanelle disposés en boules. Sentant au loin une 
masse plus dure, M, Lane fait donner des lavements qui amènent 
successivement deux morceaux de savon dur de trois pouces de 
longueur environ sur deux de largeur et d'épaisseur. Peu de temps 
après l'état du patient s'aggrave, il accuse une douleur excruciante 
à la partie inférieure de l'abdomen, tombe dans le collapsus et 
meurt dans la soirée. 

A l'autopsie, péritonite généralisée, surtout intense aux envi- 
rons du sac herniaire. On trouve dans le bassin une quantité con- 
sidérable de matières fécales qui s'étaient échappées par une ulcé- 
ration de la partie supérieure du rectum. Toute la membrane 
muqueuse de cet intestin était d'une couleur sombre, presque en 
état de gangrène. 

Le patientpourcontenir un flux intestinal, s'était, selon son dire, 
introduit successivement, dans la nuit du 28 mars, les morceaux de 
savon et les boules de flanelle. 

Selon toute apparence, une douleur abdominale et un vomisse- 
ment qu'il éprouva le 29 amenèrent une plus grande longueur 
d'intestin dans le sac herniaire et l'étranglement. Cet étrangle- 
ment et l'inflammation du rectum auront causé la péritonite. 
Malgré ses douleurs le malade n'entra à l'hôpital que le 30 au 
soir. 

La perforation trouvée à 8 pouces de l'anus, causée sans doute 
par l'un des angles des morceaux de savon, était restée probable- 
ment oblitérée jusqu'à l'élimination des corps étrangers par le 
lavement. A ce moment les matières fécales eurent toute liberté de 
pénétrer dans la cavité péritonéale, produisant ainsi le collapsus 
et la mort. Mais en l'absence de perforation, la péritonite aiguë eût 
amené sans doute une issue fatale. 



— 53 — 



Obs. X, — Bougie stéarique extraite avec des pinces; mort. (Observation de 
M. Tillaux. Gaz. des hôp., 1877, p. 695.) 

Un homme s'est introduit une bougie dans le rectum il y a 
110 jours environ. 

Le chirurgien atteignait, par le toucher, la grosse extrémité de 
lia bougie, qui avait été introduite par sa pointe ; mais les instru- 
iments écrasaient cette extrémité sans pouvoir la saisir. M. Tillaux 
1 voulut tenter la dilatation du rectum, mais le malade, scrofuleux, 
; ayant eu des abcès des fosses ischio-rectales, les parois du rectum 
(étaient indurées et ne se piêtèrent pas à la distension. Le soir, le 
imalade eut quelques douleurs dans le ventre. Le lendemain matin, 
ll'interne du service fit donner un lavement d'eau et de glycérine, 
. qui distendit les parois intestinales et put extraire le corps étran- 
ger avec une tenette. Mais vers le soir les douleurs augmentèrent, 
et le malade succomba dans la journée du lendemain. A l'autopsie, 
on constata un peu de péritonite, et une eschare à 30 centimètres 
de l'anus, au point que comprimait l'extrémité delà bougie ; la per- 
foration n'était, pas encore complète. M. Tillaux présente ces pièces 
à la Société de chirurgie le 25 juillet 1877. 



Obs. XI. — Pilon introduit dans le rectum; mort par perforation. (Obser- 
vation de M. Montanari. Gaz. hebd., 1861.) 

Le D'" Montanari rapporte le fait d'un individu à qui il retira 
une première fois du rectum un pilon de cuisine de 30 centimètres 
de long sur 6 centimètres 1/2 de diamètre. 

Plus tard le même individu ayant fait usage d'une espèce de 
matière recouverte de taffetas ciré, longue de 55 centimètres et 
épaisse de 7 centimètres à sa grosse extrémité, succomba le 
cinquième jour à une péritonite. 

L'intestin ne présentait pas de perforation ; mais au niveau de 
rS iliaque il portait une cicatrice récente, intéressant toute 
l'épaisseur des parois; la perforation produite parle corps étran- 
ger s'était, par conséquent, cicatrisée rapidement. 



04 — 



Obs. Xll. — Flacon extrait par la main d'un enfant. (Observation de Nollet, 
chirurgien du roi dans l'hôpital de la marine à Brest, d'après Hevin, Mé- 
moires de l'Acad. royale de chir., 1. 1, p. 540. 

Un religieux voulant se guérir d'une colique qui le tourmentait 
violemment, on lui conseilla de s'introduire dans le fondement une 
bouteille d'eau de la reine de Hongrie, où il y aurait une petite issue 
au bouchon, de laquelle l'eau distillât peu à peu dans l'intestin (ces 
sortes de bouteilles sont ordinairement longues), tellement qu'il la 
poussa si bien, qu'elle entra tout entière dans le rectum ; ce qui 
l'étonna étrangement. Il ne pouvait aller à la selle, ni recevoir de 
lavement ; on appréhendait Tinflaramation et ensuite la mort. On 
envoya quérir une sage-femme, voir si elle pourrait introduire la 
main afin de retirer la bouteille ; ce qu'elle ne put faire. Pinces, 
becs de corbin et tous les spéculums n'y firent rien ; on ne 
pouvait même pas la casser ce qui aurait été même plus fâcheux, 
car les pièces l'auraient blessé. Enfin on trouva moyen de faire 
introduire la main d'un petit garçon de huit à neuf ans, qui eut 
assez d'adresse pour guérir ce bon religieux. 



Obs. XIII (Dor, de Marseille, 1833). Extraction d'un pilon en bois introduit 
dans le rectum-, rectite ; mort. Gaz. méd. de Paris, 1835, p. 139'. 

Un Grênois âgé de 62 ans se passe un pilon en bois dans le 
rectum, il l'enfonce trop profondément et le laisse échapper. 
Efforts de défécations inutiles. On l'amène à l'Hôtel-Dieu à 
9 heures du soir. L'instrument avait été introduit par sa petite 
extrémité ; la grosse de 2 pouces 1/2 environ de diamètre se sen- 
tait à 12 lignes de l'anus. Les doigts ne pouvaient le saisir, ils 
glissaient continuellement ; il fallut avoir recours à des instru- 
ments, à des pinces, à des tenettes, mêmes difficultés encore, il 
n'y avait pas de prise ; enfin après de longues tentatives, do? 
pinces articulées à la manière des branches du forceps furent glis- 
sées très-haut contre le corps étranger et l'extraction fut faite. 
Mais bientôt, une inflammation se déclara avec intensité et la 
mort survint en trente heures. 



- 55 — 



Obs. XIV (de M. Ho^visoIl). — ExtractioQ d'une bouteille introduite dans le 
rectum. The Lancet, 25 mai 1867. 

Un ouvrier, qui dansait sur des bouteilles dressées, manque son 
coup et se relève avec une bouteille complètement entrée dans le 
rectum. 

On trouve le corps étranger à la réunion du côlon transverse et 
du côlon descendant. Une injection le fait descendre. On dilate le 
rectum avec le spéculum de Marion Sims, on opère des tractions 
avec une pince œsophagienne, enfin l'expulsion a lieu et on l'at- 
tribue surtout aux contractions intestinales, aidées des manœuvres . 

On condamne le patient à rester un jour au lit et il est vite 
rétabli. 

La bouteille avait 8 pouces de long, sur 4 de circonférence à la 
grosse extrémité et 1 pouce 1/2 de circonférence au col. 



Obs. XV. — Corps étranger fourchu introduit dans le rectum et retiré au 
dix-huitième jour; guérison, par le D'' RafFy (de Puymirol) Gazette 
hebdomadaire, 1860, p. 509. 

Le malade dont il s'agit présentait depuis douze jours environ 
une hémorrhagie anale intermittente. A l'en croire, ces pertes 
seraient survenues à la suite d'un efi'ort précédent. Quand M. Raffj, 
le vit, le 26 septembre 1878, l'hémorrhagie continuait très-abon 
dante, le malade élait dans un état d'anémie extrême et éprou- 
vait les plus violentes douleurs à l'anus et dans le rectum. Il niait 
résolument avoir avalé ou introduit dans le rectum un corps 
étranger. Le sphincter anal était fortement contracté ; toutefois le 
doigt put pénétrer dans le rectum et y rencontra un corps dur et 
allongé. La contraction du sphincter faisait échouer toutes les 
tentatives d'extraction. 

M. Rafïj fendit alors le sphincter par un coup de bistouri, et le 
doigt put alors pénétrer complètement dans le rectum. On trouva 
un corps dur, allongé, à surface dépolie, qui paraissait implanté 
dans un des replis du rectum. Ce ne fut pas sans effort qu'à l'aide 
de deux doigts on amena au dehors une tige ligneuse de la gros- 



— 56 — 

seur du petit doigt qu'il fut impossible d'amener à plus de 1 cen- 
timètre en dehors de l'anus. Cette extrémité étant fixée par un 
aide, M, Ralfy suivit la tige avec l'indicateur, et arriva à la ren- 
contre d'une nouvelle tige qui paraissait articulée avec la première 
à angle aigu. Il fallut beaucoup de peine pour la dégager et l'ame- 
ner dans l'axe du rectum. Rapprochant alors les deux branches, 
on retira une véritable fourche en bois parfaitement intacte. Les 
deux branches, de la grosseur du petit doigt, mesuraient un écar- 
tement de 7 centimètres et une longueur pour l'une de 8 centimè- 
tres, et pour l'autre de 7. 

L'extraction -de ce corps fut suivie de l'issue d'une abondante 
quantité de sang, mais qui n'eut point de durée. Le malade finit 
par se rétablir après une convalescence assez longne. 

Obs. XVI. — Extraction d'un bâton hors du rectum, par Thomas, 1807. 
London medico-chirurgic. transactions, T. I. 

Un gentleman pour se soulager d'une constipation rebelle à tous 
purgatifs s'introduisait chaque jour dans le rectum un bâton 
flexible de la grosseur du doigt, pendant douze mois le moyen lui 
réussii. Un jour le bâton s'introduit tout entier et ne peut être 
retiré par le patient qui éprouve cependant la même liberté du 
ventre pendant 7 jours encore. 

Survient alors de la fièvre, du ballonnement du ventre, une 
anxiété très-grande augmentée encore parla nécessité de raconter 
au médecin son aventure. 

Le doigt introduit dans le rectum n'arrive pas jusqu'au bâton, 
mais sur le flanc droit à égale distance de l'ombilic et de l'épine 
iliaque, on en sent très-bien l'une des extrémités. 

Une bougie arrive enfin jusqu'à l'un des bouts du bâton, mais on 
ne peut le saisir avec le lithotriteur. On ordonne un lavement 
opiacé. Deux heures après le sphincter anal est trouvé fort dilaté, 
l'opérateur s'efforce de le dilater d'avantage et en 20 minutes, 
ayant introduit ses doits les uns après les autres, il avait la main 
tout entière engagée dans le rectum. 

On trouva l'extrémité du bâton enclavée dans la concavité du 
sacrum, mais en faisant pencher le corps en avant on le dégagea et 
l'amena laciiement au dehors. 



Le corps étranger avait 9 pouces 1/2 de long avec une extré- 
mité fort raboteuse. 

Très-agité pendant plusieurs j ours , le patient recouvra cependant 
une santé parfaite. 

Obs. XVII. — Fiole à eau de Cologne introduite dans le rectum. (Commu- 
nication de Velpeau à l'Académie de médecine. Gaz. méd. de Paris, 1849, 
p. 684.) 

Un homme est entré dans mon service présentant une tumeur 
sous les fausses côtes droites ; cette tumeur dont on appréciait 
parfaitement la forme à travers les parois abdominales, qui étaient 
repoussées en avant, était causée, au dire du malade, par une 
longue fiole à eau de Cologne qu'il s'était introduite par l'anus et 
qu'il n'avait pas pu retirer ensuite, l'ayant poussée trop avant. 
Quelque extrordinaire que nous parût cette assertion, nous intro- 
duisîmes cependant le doigt dans le rectum^ et il nous fut en effet 
possible de sentir la petite extrémité sur l'orifice de cette fiole ; 
nous parvînmes à la saisir et à en opérer facilement l'extraction ; 
elle a 28 centimètres de long. En même temps que l'extraction s'o- 
pérait, la tumeur de l'hypochondre droit disparaissait, et il n'a pas 
été possible de douter un instant que cette tumeur ne fût en effet 
produite par le corps étranger. Une fois l'extraction pratiquée, 
le malade s'est trouvé tout aussi bien portant qu'avant l'introduc- 
tion du corps étranger, il ne se ressentit en aucune façon de cet 
accident. 

Ce qui me semble digne d'être remarqué, c'est qu'un corps rigide 
ait pu aller directement de l'anus jusque sous les fausses côtes 
droites sans produire absolument aucune lésion de quelque impor- 
tance. 

Obs. XVIII. — Gobelet de verre extrait par fragments; guérison. (^Obser- 
vation de Parker, rapportée par Ruschenberger, American Journal of 
médical science, 1849, p. 409.) 

Le 2 mars 1848, on présente au Parker, à l'hôpital de Can- 
ton, un Chinois sexEigénaire nommé Loo, à qui on avait introduit, 
Gérard. ^ 



- 58 — 

vingt- quatre heures auparavant, un gobelet ou verre dans le rec- 
tum. Les tentatives d'extraction déjà faites avaient brisé une 
partie du bord. 

Le gobelet étant fortement fixé dans sa position, et les doigts 
ne pouvant que difficilement le contourner, on crut devoir l'ex- 
traire par fragments, n'espérant pas pouvoir le retirer intact. 
Protégeant le rectum avec une étoffe de coton, on brisa le gobelet 
avec un forceps en commençant du côté du pubis, puis les frag- 
ments ayant été retirés un à un, on fit basculer le fond du vase et 
on le fit sortir de champ. L'opération dura 1 heure et demie. 

On lava ensuite l'intestin. L'hémorrhagie abondante fut arrêtéu 
avec une solution de sulfate de cuivre et d'alun, injectée dans le 
rectum et maintenue avec une éponge. 

La nuit suivante, le malade rendit plusieurs onces de sang coa- 
gulé; tous les accidents cessèrent ensuite. 

Le traitement consista dans le repos, des opiacés, des laxatifs, 
une diète légère et des injections d'eau tiède ou de solution de 
nitrate d'argent dans le rectum. 

Le quatorzième jour, la guérison était complète. Dimensions du 
gobelet : diamètre supérieur, 2 pouces 5/8; hauteur, 3 pouces 1/2; 
diamètre de la base, 1 pouce 7/8. 



Obs. XIX. — Ovoïde ea bois extrait avec le céplialotribe ; guérison. (Obser- 
vation de M. le D"" Péan, chirurgien de l'hôpital Saint-Louis; rédigée 
d'après les souvenirs de M. Péan et les notes de MM. les Df"» Brochin et 
Oger (inédite). 

La 4 août 1872, se présente, à l'hôpital Saint-Antoine, un 
homme qui s'était introduit dans le rectum un corps étranger, 
trois heures auparavant. 

L'anus est fortement distendu. Le doigt, porté dans le rectum, 
rencontre à la hauteur de la deuxième phalange, un corps très- 
dur, de forme sphérique. 

M. le D"^ Péan tente l'extraction avec un petit forceps, mais n 
parvient à l'effectuer qu'avec un céphalotribe. 

En quelques instants, il fait sortir, la grosse extrémité la pre 
mière, un ovoïde en bois tourné, présentant les dimensions sui 



— 59 — 

vantes : grand cUamctrc, 13 centimètres; petit diamètre, 7 centi- 
mètres. 

L'opération ne fut suivie d'aucun accident. 



Obs. XX. — Chope extraite avec les doigts; guérison. (Observation 
de Cloquet, Bull. Soc. de chirurgie, 1862.) 

M. J. Cloquet raconte qu'en 1843, il a eu à extraire du rectum 
d'un homme une chope à bière, qui y était enfoncée le fond dirigé 
en haut, et l'ouverture regardant en bas. 

L'auteur n'employa pas le forceps qui, dans une circonstance 
semblable, avait amené la rupture d'une chope ; il dilata largement 
l'anus et saisissant, avec les doigts, le bord du vase, il l'amena au 
dehors. Quant au malade, il n'éprouva aucun accident immédiat, 
et dès qu'il fut débarrassé, il se sauva promptement. 



Obs. XXI. — Verre à boire extrait par dilatatiou forcée ; guérison. (Obser- 
vation de Morel'Lavallée, Bull. Soc. de chirurgie, janvier 1859.) 

M. Morel-Lavallée, pendant qu'il remplaçait Gerdy à la Cha- 
rité, a vu un malade qui s'était introduit dans le rectum un verre 
de cabaret; un médecin ayant voulu se servir d'un spéculum, avait 
ébréché le verre. M. Morel chloroformisa le malade, fit glisser 
une compresse entre le rectum et le verre au niveau du point 
ébréché; et comme l'intestin était extrêmement contracté sur le 
corps étranger, il fit exécuter par des aides une dilatation forcée 
qui lui permit de retourner le verre, de manière à diriger sa petite 
extrémité du côté de l'anus, et en tirant légèrement il en fit l'ex- 
traction. Le malade fut j)ris du choléra qui régnait alors dans les 
salles et mourut. 

A l'autopsie, on a constaté à peine un peu de rougeur de la mu- 
queuse rectale, aucune fibre musculaire n'était rompue, il n'y 
avait aucune ecchymose dans la région anale. Ce fait prouve que 
l'on peut, dans des cas semblables, faire la dilatatiou forcée de 
l'anus, sans crainte d'amener aucun désordre dans cette région . 



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Obs. XXII. — Tuyau de pipe -extrait du rectum ; guérison. (Observatioa de 
M. Huguier, Bull. Soc. de chirurgie, janvier 1859.) 

M. Huguier met sous les yeux de ses collègues un tuyau de pipe 
en cerisier, de 19 centimètres de longueur, qu'il a extrait du rec- 
tum d'un individu, lequel prétendait se Vèive introduit pour re- 
pousser des hémorrhoïdes. Ce bâton avait son extrémité inférieure 
pointue, piquée dans la paroi postérieure de l'intestin, au niveau 
de l'articulation sacro-coccygienne. M. Huguier en dégagea la 
pointe en repoussant en haut le corps étranger, qu'il enleva en- 
suite avec des pinces à polype. 

Obs. XXIII. — Canule perdue pendant 8 jours dans le rectum ; extraction 
facile; guérison. (Observation de M. Marc-Sée, Progrès médical, octobre 
1878.) 

M. Marc Sée ne pense pas qu'il faille trop se hâter, et les inter- 
ventions radicales sont parfois inutiles ; le corps étranger se dé- 
place de lui-même et prend dans certains cas, une position nou- 
velle qui en permet l'extraction. Il cite à ce sujet une observation 
personnelle. Il soignait un malade pour une tumeur colloïde du 
rectum qui rendait la défécation presque impossible. La dilatation 
fut tentée avec une grosse canule en gomme. Un jour, le malade 
la poussa sans doute trop avant, toujours est-il qu'elle disparut 
dans le rectum, et que, pendant huit jours, toute tentative d'ex- 
traction fut vaine; mais le neuvième jour, on ne sait comment la 
canule changea de j)lace ; on put la saisir avec les mors de la pince 
et la retirer sans encombre. Le malade mourut, mais beaucoup 
plus tard, par suite du progrès de son cancer. 

Obs. XXIV. — Morceau de bois; gastrotomie ; guérison. (Observation de 
M. Réali, Gaz. méd. de Paris, 1849, p. 895.) 

Sous le nom de cas très-extraordinaire, l'auteur raconte l'histoire, 
en effet fort bizarre, d'un paysan âgé de 40 ans, qui pour diminuer 
ses frais de nourriture eut l'idée de se fermer l'orifice anal. Il 



— 61 — 



choisit en conséquence un morceau de bois irrégulièrement taillé, 
un peu émoussé à sa pointe et entaillé vers sa base à coups de ser- 
pette dirigés obliquement de bas en haut et de l'extérieur à l'inté- 
rieur. Ce corps avait 23 centimètres de longueur et 9 à 10 centi- 
mètres de circonférence. 

Le brave homme s'introduisit le corps étranger dans le rectum 
si profondément qu'il ne put plus le retirer, et après avoir souffert 
pendant neuf jours de douleurs inouïes, il fut transporté, le 18 dé- 
cembre 1848, à l'hôpital d'Orvieto. 

M. Réali qui l'examina lors de son entrée, introduisit le doigt 
indicateur dans toute sa longueur, mais il ne put atteindre le mor- 
ceau de bois, tant il avait pénétré haut. 

Le chirurgien ayant reconnu l'impossibilité de l'extraction par 
les voies naturelles, ne vit pas d'autre moyen de salut que la gas- 
trotomie, vu que les pointes qu'offrait l'extrémité du bouchon de 
bois, et le resserrement spasmodique du rectum contre ce corps 
mettaient obstacle à sa descente. Il ouvrit donc le ventre et y in- 
troduisit la main; mais avant de se décider à inciser l'intestin, il 
essaya encore, en pressant sur le corps étranger, d'en provoquer 
la sortie par où il était entré. Cette tentative ayant échoué on fut 
obligé d'inciser l'intestin pour extraire par là le morceau de bois. 

On termina l'opération en recousant l'intestin, puis la paroi ab- 
dominale. La cure fut continuée jusqu'à parfaite guérison, aux ap- 
plaudissements et à l'extase de tous, dit le texte italien. 

Obs. XXV. — Introduction d'un corps étrager volumineux par le rectum 
jusque dans TS iliaque; accidents d'occlusion; Laparo-entérotomie, par 
M. Studsguaard; guérison (l). 

Jean F..., valet de pied, âgé de 35 ans, fut admis, le 10 janvier 
1878, à l'hôpital de la commune de Copenhague; il sortit guéri le 
46 avril 1878. La veille de son entrée, il s'était introduit dans le 
rectum un verre à champignons vide, le goulot en haut; il voulait, 
disait-il, par ce moyen remédier à une diarrhée rebelle. Le 
]0 janvier dans la matinée, il fut obligé d'appeler un médecin, des 

(1) Nous avons emprunté cette observation à la thèse de M, Bulteau déjà 
citée» 



« 



— 62 — 

douleurs aiguës s'étant manifestées dans le ventre. Il fut chloro- 
formisé, mais le verre qui, avant l'administration du clilorof.jrme, 
était accessible au toucher rectal, remontavers la partie supérieure 
du rectum pendant le sommeil anesthésique. Le malade fut alors 
transporté à l'hôpital. 

Le malade était épuisé; les douleurs de ventre allaient en s'ac- 
centuant; les vomissements n'étaient constitués que par le rejet 
de mucosités. A travers la paroi abdominale, un peu tendue, il 
était facile de s'assurer de la présence du Verre dans la fosse ilia- 
que gauche 

Dans la soirée, on chloroformisa le malade et l'on pratiqua la 
rectotomie linéaire postérieure. La main fut introduite jusqu'au 
troisième sphincter, qu'on n'osa pas forcer à cause de sa résistance. 
Le verre fut alors poussé en bas dans le petit bassin, en exerçfint 
une pression avec les mains dans la fosse iliaque gauche à travers 
la paroi abdominale; mais le corps étranger n'avait aucune ten- 
dance à descendre dans le rectum. M.Studsguaardse décida immé- 
diatement à pratiquer la laparo-entérotomie antiseptique. 

Une incision de 0,10 centimètres, commençant à l'ombilic, fut 
faite sur la ligne médiane. On tira au dehors une anse, qu'on 
jugea être VS iliaque, et par une incision de 0,04 centimètres pra- 
tiquée sur l'intestin, on put extraire le verre par son goulot. Des 
éponges et des compresses appliquées avec soin tout autour de la 
plaie intestinale empêchèrent les matières fécales de venir se mettre 
en contact avec le péritoine. La plaie de l'intestin fut fermée au 
moyen de douze ou quatorze sutures de catgut, d'après la méthode 
de Lembert; pour plus de sûreté, trois noeuds furent faits à chaque 
suture. 

La plaie abdominale fut réunie avec huit sutui'es de soie à nœuds 
et à huit de chiffres alternativement (Hleppner). 
L'opération dura une heure. 

Le verre (1) avait une longueur de 0,17 centimètres; sa base 
avait 0,05 centimètres de diamètre, et son extrémité supérieure au 
goulot en avait trois. L'orifice était cassé dans une étendue de 



(1) Ce verre, dont nous avons vu le dessin grandeur naturelle, représente 
une petite bouteille de ^conserves à parois très-épaisses et dont la base est 
plus large que le goulot. 



— 63 — 



0,005 millimètres en longueur; cette entaille était évidemment de 
date ancienne; elle présentait des bords tranchants. 

La g-uérison traîna en longueur et le pronostic fut pendant long- 
temps incertain, à cause d'une péritonite locale avec formation 
d'abcès que j'ouvris sur la ligne médiane et à travers le rectum, 
dont la paroi postérieure était soulevée par une poche purulente. 

Deux jours après l'opération, des gaz s'échappèrent par l'anus, 
et dès le neuvième jour, le malade avait des selles spontanées qui 
étaient bien moulées ei non purulentes. Il quitta l'hôpital, complè- 
tement guéri, le 16 avril 1878; les muscles sphinctériens fonction- 
naient normalement déjà depuis longtemps. 

Réflexions. — Etais^je autorisé à opérer le malade? 
Quelques-uns me répondront que, d'une manière générale, 
et également dans le cas particulier, la gastrotomie n'était 
pas indiquée ; d'autres auraient été d'avis d'attendre. Je 
ferai pourtant remarquer qu'une tentative d'extraction, 
par la méthode de Simon, fut faite, mais en vain, car il 
m'était impossible d'introduire dans le rectum plus de 
deux doigts; je ne pus même atteindre facilement l'angle 
sacro-vertébral qu'après avoir pratiqué la rectotomie 
linéaire postérieure jusqu'au coccyx. Simon dit (Langen- 
beck's, f^rchiv., vol. XV, p. 101) : que trois ou quatre 
doigts peuvent être introduits dans le rectum jusque dans 
l'anse inférieure de l'S iliaque; cette assertion me semble 
inexacte d'une manière générale. Quant à moi, j'ai été 
plusieurs fois obligé de m'en abstenir à cause de la grande 
résistance que j'éprouvais à introduire ma main, et 
pourtant la plus grande circonférence de ma main mesure 
0,025 millimètres de moins que les dimensions indiquées 
par Simon pour pratiquer facilement l'exploration rectale. 
Il est possible que la résistance que j'ai éprouvée tînt à 
un spasme circulaire qui mettait également obstacle au 
glissement du verre par en bas. Je cessai rapidement mes 



tentatives d'extraction par le rectum ; du reste, l'entaille 
du goulot qu'on découvrit plus tard, aurait pu facilement 
perforer l'intestin par une pression immodérée. Il ne lui 
restait alors que les chances d'une laparo-entérotomie ou 
l'expectation ; les motifs suivants me décidèrent à la 
première alternative : Pouvait-on espérer que le corps 
étranger fût expulsé par les simples contractions de l'in- 
testin? Il me parut plus rationnel d'admettre que le corps 
étranger déterminerait des accidents d'iléus mortels, et 
qu'une péritonite devait survenir fatalement. 

Un corps étranger de telles dimensions ne pouvait, à 
mon avis, passer à travers la paroi abdominale après 
avoir déterminé un travail inflammatoire ulcératif local, 
sans exposer le malade à des accidents tout au moins 
aussi graves que ceux qui pouvaient résulter d'une incision 
abdominale. Pour ces raisons, je préférai la laparo-entéro- 
tomie immédiate, en faisant Fincision.sur la ligne médiane, 
comme dans l'ovariotomie. 

Je rejetai l'entérotomie par le procédé de Littre, parce 
que l'espace dans lequel doit manœuvrer le chirurgien est 
rendu trop étroit par la direction oblique des fibres mus- 
culaires. J'ai donné la préférence à la suture de Lembert 
(inversion des bords avec adossement des surfaces périto- 
néales), parce qu'elle est moins compliquée que celle de 
Jobert (invagination de toute la partie incisée de l'intestin, 
avec sutures circulaires), qu'elle se fait plus promptement 
et avec moins de manipulations de l'intestin. 



CONCLUSIONS ET RÉSUMÉ 



A. — 1° Selon toute vraisemblance, un corps étranger 
[ conique introduit dans le rectum par sa petite extrémité 

remontera dans l'S iliaque, et peut-être dans le colon 
transverse ; au contraire il restera dans le rectum, d'où il 
sera expulsé facilement, s'il a été introduit par son extré- 
mité la plus large. 

2° La longueur des corps étrangers ne paraît pas avoir 
d'influence sur leur marche dans l'intestin. 

3° La circonférence d'un corps étranger, lorsqu'elle est 
supérieure à 18 centimètres, interdit à cet objet le passage 
dans rS iliaque, mais elle ne favorise nullement ce pas- 
sage quand elle est inférieure à cette limite. 

4° Le séjour prolongé d'un corps étranger dans le rec- 
tum peut déterminer des contractions intestinales d'une 
puissance extraordinaire, capables de faire passer le corps 
étranger dans l'S iliaque, même avec surdistension du 
calibre de cet intestin. 

B. — La rectite aiguë ou chronique avec ses complica- 
tions de phlegmon périrectal aigu ou chronique, de péri- 
tonite par gangrène ou par propagation, sont les désor- 
dres produits par la présence des corps étrangers restés 
dans le rectum ou partiellement engagés dans l'S iliaque. 
Les signes de ces affections, éclairées par le toucher rectal, 
indiquent la présence de corps étrangers dans la portion 
inférieure du gros intestin. 



— 66 — 

La péritonite par perfortion directe ou par simple pré- 
sence du corps étranger dans l'intestin, est la seule lé- 
sion produite par les corps étrangers remontés dans 
1 S iliaque. Les signes de la péritonite précédés de ceux 
de l'occlusion intestinale aiguë, les renseignements posi- 
tifs fournis par le palper abdominal, les aveux du patient, 
lo résultai négatif du toucher rectal permettent d'affirmer 
la présence du corps étranger dans les portions supé- 
rieures du gros intestin. 

C, — La constatation d'un corps étranger dans le gros 
intestin entraîne toujours un pronostic grave : dans les 
cas connus de corps étrangers restés dans le rectum ou 
partiellement engagés dans l'S iliaque, un malade sur 
cinq a succombé ; deux sur cinq sont morts, parmi ceux 
chez qui le corps étranger était passé complètement dans 
rS iliaque. 

D. — Avant l'apparition des accidents, l'abstention de 
toute opération grave est commandée par des exemples 
nombreux de tolérance intestinale et d'expulsion spon- 
tanée. 

Les accidents obligeant d'agir, si l'objet est dans le rec- 
tum ou partiellement seulement dans l'S iliaque, l'extrac- 
tion avec les doigts, les sondes, les pinces, l'impulsion 
par l'abdomen seront tentées ; puis la dilatation de l'anus 
ayant été faite et complétée au besoin par la rectotomie 
linéaire postérieure et la résection du coccyx, l'exploration 
prudente, mais complète de l'objet ayant fait connaître la 
nature de sa surface et le degré de résistance de ses parois, 
on emploiera pour l'extraction des instruments peu volumi- 
mineux, tels que les différents forceps, de préférence à la 
main, dont l'introduction jusqu'à l'angle sacro-vertébral, 
à la manière de Simon, est dangereuse. 



En présence d'un corps étranger complètement engagé 
dans les portions supérieures du gros intestin, des acci- 
dents d'occlusion intestinale étant déclarés, si la tempéra- 
ture du malade est notablement supérieure à la normale, 
on s'abstiendra de toute opération ; mais si la température 
est inférieure ou à peu près égale à la normale, on prati- 
quera immédiatement la laparo-entérotomie par incision 
sur la ligne médiane. 



LISTE DE 34 OBSERVATIONS 
DE CORPS ÉTRANGERS DU RECTUM 



Diaprés Hêvin {résumé d'observations), in Mém. de VAcad. royale 
de chirurgie^ t. I, p. 540, 1743. 

Marchettis. — Queue de cochon extraite du rectum. 
NoLLET. — Flacon extrait par la main d'un enfant. 

C'est à dessein que je ne rapporte pas 7 autres cas signalés dans 
le Mémoire d'Hévin, et qui sont relatifs à des corps étrangers du 
rectum venus de l'estomac. 



D'après Morand, Mém. Acad. royale de chirurgie, 
t. III, p. 620, 1753. 

G-ÉRA.RD. — Affîquot retiré d'un rectum avec des pinces.] 
Bonhomme (d'Avignon). — Navette extraite avec des tenettes.| 

Desault. — Pot de confitures extrait par fragments ; guérison. 

In BoYER, Traité des malad. chirurgie, t. X, page 34. 
Thomas. — Bâton extrait avec la main ; guérison. In London, 

Medico-chirurg. Transactions, t. I. 
DoR — Pilon extrait avec des pinces ; mort. Gaz. médic. de Paris, 

1835, p. 139 

CuMANO- — Fiole enclavée dans le sacrum, extraite avec le forceps ; 

guérison. G-az. médic. de Paris, 1838, p. 793. 
DoR. — Fourchette extraite du rectum ; guérison. Gaz. méd. 

de Paris, 1835. 



— 69 



îReymonet. — Bouteille extraite du rectum avec pinces ; gué- 

rison. Gaz. méd. de Paris, 1835. 
cCloquet. — Chope extraite avec les doigts, guérison. BuUet. 

Soc. de chirurgie, 1862. 
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Gillette. Manche de pelle extrait avec des tenettes; guérisoii. 

Bullet. Soc. de chirurgie., 1877, p. 684. 
Marc-Sée. — Canule perdue pendant 8 jours dans le rectum, 

extraction facile ; guérison. Progrès médical, octobre i878. 
Studsguaard. — Flacons à cornichons extrait par gastronomie ; 

guérison. Bullet. Soc. de chirurgie, 1878. 



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V-iis. — A. 



Parent, impi imcur do la Faculté de MCdcciac. rue M.-le-Prinrc. 20-31.